samedi 22 octobre 2011

Petit guide à l’intention de l’automobiliste pour la survie du piéton

J’adore étrenner des espadrilles. Toujours plus souples que les anciennes, plus légères, plus jolies. Surtout plus rapides. Comme les chaussures du p’tit gars de Passe-Partout qui court vite.

Mon bonheur était double mardi soir dernier : étrenner les nouvelles espadrilles dans Québec ville en rose. Au dessus des remparts, le ciel était violet, ludique et effrayant. Les quelques spasmes restant de la tempête de vent transportaient les feuilles au sol comme pour les rassembler. Dans ce décor digne d’une mise en scène de Tim Burton, je m’émerveillais en marchant jusqu’à la fontaine de Tourny baignée dans sa lumière mauve.

Le bonheur du piéton.

Je ne crois pas qu’aucun automobiliste n’a pu vivre ce moment de grâce. Captif de sa cage de Faraday ventilée à l’air recyclé, comment aurait-il pu ressentir le même plaisir en contournant ce monument banalement illuminé?

Un de ces captifs d’une Mitsubishi n’a pas remarqué la fontaine, ni moi non plus, trop occupé à pitonner « Kécé kon mang bb? ».

Au Québec dans la seule année 2010, 59 piétons ont été tués par des automobilistes et plus de 3000 ont été blessés (source : SAAQ). Alors, permettez-moi, chers lecteurs détenteurs d’un permis de conduire, de vous sensibiliser aux risques auxquels vous exposez couramment les piétons.

L’écosystème routier

Un policier de la SPVQ m’a révélé que l’été, on recense environ 10 accidents par semaine où des piétons sont frappés par des cyclistes sur les trottoirs. (Impossible de vérifier cette moyenne puisque la SAAQ comptabilise seulement les accidents qui impliquent des véhicules motorisés. Édito : allez savoir pourquoi tant de Québécois sont autocentristes…)

D’après vous, qu’est-ce qui explique ces accidents causés par des cyclistes qui savent depuis la maternelle que rouler sur le trottoir, c’est interdit? La réponse est simple. Parce que les cyclistes ne se sentent pas en sécurité sur la route à côtoyer automobiles, camions et autobus.

Les usagers de la route appartiennent à un fragile écosystème dont l’équilibre dépend de la courtoisie de chacun. Respecter les cyclistes, c’est aussi respecter les piétons.

Le bonhomme blanc

Il est moins sympathique que le bonhomme Pillsbury, mais essentiel à la santé et à la survie des piétons. La «silhouette blanche» des feux de circulation n’apparait pas uniquement dans le but d'emmerder les conducteurs en retard, en retard, en retard! Elle se manifeste aussi pour aviser les automobilistes qui voudraient tourner à droite sur un feu rouge qu’ils devront attendre avant de pouvoir le faire.

Prière de ne pas lancer de regards furieux à quiconque ose tapoter l’infâme bouton sur un poteau entre les heures de pointe. Canalisez plutôt votre frustration sur les propos de votre animateur de radio préféré. Ou mieux, profitez de ce moment pour envoyer un texto ou pour prendre vos messages. Rappelez-vous que vous adonner au multitâche est moins dangereux à un feu rouge que pendant que vous conduisez.

Un code à barres sur l’asphalte

Jaunes ou blanches, ces bandes rectangulaires ne sont pas peintes pour décorer l’asphalte ni pour l’encoder. Les passages pour piétons servent à marquer une zone où les piétons sont autorisés à traverser la chaussée.

Plusieurs conducteurs québécois semblent ignorer qu’ils doivent s’arrêter devant ces corridors dès qu’un piéton y pose un pied. Pourtant, l’article 410 du Code de la sécurité routière est sans équivoque :

« Lorsqu'un piéton s'engage dans un passage pour piétons, le conducteur d'un véhicule routier doit immobiliser son véhicule et lui permettre de traverser et le conducteur d'une bicyclette doit également lui permettre de traverser. »

Les piétons que vous laissez passer vous le rendront bien. Ils seront de plus en plus nombreux à emprunter ces passages et vous éviteront de revivre ces frayeurs du temps où ils surgissaient inopinément devant votre pare-choc, comme des cervidés égarés aux abords de la 175.

À l’abri des intempéries sous le capot

Usez vos freins, les piétons et votre mécanicien l’apprécieront. Même si aucun article du Code de la sécurité routière ne le spécifie, soyez courtois envers les piétons, surtout quand la température n’est pas clémente.

Sous leur parapluie ou dans leur habit de neige, les marcheurs ne jouissent pas du confort d’un habitacle sec et chauffé. Comme vous, il n'aiment pas marcher dans des bottes pleines de gadoue qui font smouch-smouch. S’il vous plait, évitez-leur les mauvaises blagues de leurs collègues quand ils arrivent au bureau à bout de nerfs, trempés, dans des bottes juteuses et bruyantes….

Marcher à l’adrénaline

La marche – à ne pas confondre avec la randonnée – est l’une de mes activités préférées. Surtout l’automne, quand je m’essouffle sans avoir chaud et que je regagne la chaleur de mon appartement toute ravigotée, boostée aux endorphines pédestres.

Au moins une fois par mois, j’agrémente mes marches d’un peu d’adrénaline. Quand un automobiliste semble ne pas avoir l’intention de freiner devant un passage pour piétons, [je m’excuse maman] je m’y engage au péril de ma vie. Connait-il l’article 410? Peut-être pas. Chose certaine, je lui aurai servi une bonne frousse… et une leçon. Incha'Allah.

Mais diantre, pourquoi avoir choisi la voie de la témérité? Pas besoin de se jeter sur les voitures pour éduquer les conducteurs!

Vous avez raison.

C’est que, voyez-vous, mon plaisir à marcher est presque égal à ma crainte de me faire rouler sur le corps par un véhicule de plaisance. Une marche m’apparait toujours plus grisante quand j’ai l’impression de risquer ma vie. Même si ce sentiment de peur exacerbe ma jouissance et renforce ma dépendance, j’aimerais pouvoir y renoncer.

M’y aiderez-vous? Ma mère vous en serait reconnaissante.

Addendum

6 décembre 2014 - L'organisme Accès Transports Viables a publié une carte interactive qui recense tous les accidents ayant impliqué des cyclistes et des piétons à Québec de 2005 à 2013.


Source de l'image : http://thenounproject.com/noun/pedestrian/#icon-No445