J’adore étrenner des espadrilles. Toujours plus souples que
les anciennes, plus légères, plus jolies. Surtout plus rapides. Comme les
chaussures du
p’tit gars de Passe-Partout
qui court vite.
Mon bonheur était double mardi soir dernier : étrenner
les nouvelles espadrilles dans
Québec ville en
rose. Au dessus des remparts, le ciel était violet, ludique et effrayant.
Les quelques spasmes restant de la tempête de vent transportaient les feuilles
au sol comme pour les rassembler. Dans ce décor digne d’une mise en scène de
Tim Burton, je m’émerveillais en marchant jusqu’à la
fontaine
de Tourny baignée dans sa lumière mauve.
Le bonheur du piéton.
Je ne crois pas qu’aucun automobiliste n’a pu vivre ce
moment de grâce. Captif de sa
cage de Faraday
ventilée à l’air recyclé, comment aurait-il pu ressentir le même plaisir en
contournant ce monument banalement illuminé?
Un de ces captifs d’une Mitsubishi n’a pas remarqué la
fontaine, ni moi non plus, trop occupé à pitonner « Kécé kon mang bb? ».
Au Québec dans la seule année 2010, 59 piétons ont été tués
par des automobilistes et plus de 3000 ont été blessés (
source :
SAAQ). Alors, permettez-moi, chers lecteurs détenteurs d’un permis de
conduire, de vous sensibiliser aux risques auxquels vous exposez couramment les
piétons.
L’écosystème routier
Un policier de la SPVQ m’a révélé que l’été, on recense environ
10 accidents par semaine où des piétons sont frappés par des cyclistes sur les
trottoirs. (Impossible de vérifier cette moyenne puisque la SAAQ comptabilise
seulement les accidents qui impliquent des véhicules motorisés. Édito : allez savoir
pourquoi tant de Québécois sont autocentristes…)
D’après vous, qu’est-ce qui explique ces accidents causés
par des cyclistes qui savent depuis la maternelle que rouler sur le trottoir,
c’est interdit? La
réponse est simple. Parce que les cyclistes ne se sentent pas en sécurité sur la
route à côtoyer automobiles, camions et autobus.
Les usagers de la route appartiennent à un fragile
écosystème dont l’équilibre dépend de la courtoisie de chacun. Respecter les
cyclistes, c’est aussi respecter les piétons.
Le bonhomme
blanc
Il est moins sympathique que le bonhomme Pillsbury, mais
essentiel à la santé et à la survie des piétons. La «silhouette blanche» des feux de
circulation n’apparait pas uniquement dans le but d'emmerder les conducteurs
en retard, en retard, en retard! Elle se
manifeste aussi pour aviser les automobilistes qui voudraient tourner à droite
sur un feu rouge qu’ils devront attendre avant de pouvoir le faire.
Prière de ne pas lancer de regards furieux à quiconque ose
tapoter l’infâme bouton sur un poteau entre les heures de pointe. Canalisez
plutôt votre frustration sur les propos de votre animateur de radio préféré. Ou
mieux, profitez de ce moment pour envoyer un texto ou pour prendre vos messages.
Rappelez-vous que vous adonner au multitâche est moins dangereux à un feu
rouge que pendant que vous conduisez.
Un code à barres sur
l’asphalte
Jaunes ou blanches, ces bandes rectangulaires ne sont pas
peintes pour décorer l’asphalte ni pour l’encoder. Les passages pour piétons
servent à marquer une zone où les piétons sont autorisés à traverser la
chaussée.
Plusieurs conducteurs québécois semblent ignorer qu’ils
doivent s’arrêter devant ces corridors dès qu’un piéton y pose un pied.
Pourtant, l’article 410 du
Code
de la sécurité routière est sans équivoque :
« Lorsqu'un piéton s'engage dans un passage pour piétons, le
conducteur d'un véhicule routier doit immobiliser son véhicule et lui permettre
de traverser et le conducteur d'une bicyclette doit également lui permettre de
traverser. »
Les piétons que vous laissez passer vous le rendront bien.
Ils seront de plus en plus nombreux à emprunter ces passages et vous éviteront de
revivre ces frayeurs du temps où ils surgissaient inopinément devant votre
pare-choc, comme des cervidés égarés aux abords de la 175.
À l’abri des intempéries
sous le capot
Usez vos freins, les piétons et votre mécanicien
l’apprécieront. Même si aucun article du Code de la sécurité routière ne le
spécifie, soyez courtois envers les piétons, surtout quand la température n’est
pas clémente.
Sous leur parapluie ou dans leur habit de neige, les
marcheurs ne jouissent pas du confort d’un habitacle sec et chauffé. Comme vous, il n'aiment pas marcher dans des bottes pleines de gadoue qui font smouch-smouch. S’il vous
plait, évitez-leur les mauvaises blagues de leurs collègues quand ils arrivent
au bureau à bout de nerfs, trempés, dans des bottes juteuses et bruyantes….
Marcher à
l’adrénaline
La marche – à ne pas confondre avec la randonnée –
est l’une de mes activités préférées. Surtout l’automne, quand je m’essouffle
sans avoir chaud et que je regagne la chaleur de mon appartement toute
ravigotée, boostée aux endorphines pédestres.
Au moins une fois par mois, j’agrémente mes marches d’un peu
d’adrénaline. Quand un automobiliste semble ne pas avoir l’intention de freiner
devant un passage pour piétons, [je m’excuse maman] je m’y engage au péril de
ma vie. Connait-il l’article 410? Peut-être pas. Chose certaine, je lui aurai
servi une bonne frousse… et une leçon. Incha'Allah.
Mais diantre, pourquoi avoir choisi la voie de la témérité? Pas besoin de
se jeter sur les voitures pour éduquer les conducteurs!
Vous avez raison.
C’est que, voyez-vous, mon plaisir à marcher est presque
égal à ma crainte de me faire rouler sur le corps par un véhicule de plaisance.
Une marche m’apparait toujours plus grisante quand j’ai l’impression de risquer
ma vie. Même si ce sentiment de peur exacerbe ma jouissance et renforce ma
dépendance, j’aimerais pouvoir y renoncer.
M’y aiderez-vous? Ma mère vous en serait reconnaissante.
Source de l'image : http://thenounproject.com/noun/pedestrian/#icon-No445