dimanche 10 avril 2011

Ce billet peut contenir des scènes de nudité

J’aime le sans-flafla-ni-chichi. Les cœurs purs comme celui d’une chanteuse pas de filtre.

J’aime la vérité nue. L’authenticité.

Je me plais à penser que mes parents ont reconnu ce fondement de ma personnalité dès ma naissance en choisissant mon prénom. Véronique, du latin vera icon, « véritable image ».

J’en ai fait ma devise personnelle. J’essaie d’être ce que j’annonce. Même si, timide, j’ai tendance à m’inhiber ou à me mettre les pieds dans les plats, plus souvent qu'autrement, devant des inconnus.

Mais trêve d’introspection publique, vous l’avez remarqué, l’authenticité n’a pas la cote de nos jours. Je ne fais pas ici référence aux implants capillaires et aux seins siliconés. Je pense plutôt aux discours édulcorés aux faux-semblants et, plus largement, à l’information qui foisonne de demi-vérités et de faussetés mensongères*.

Et dans cette ère où le vrai et le faux s’emmêlent et se confondent dans un même souffle, il est impératif de les distinguer en exerçant son esprit (ou sa posture!) critique.

Des avaleurs et des avalés


Les demi-vérités et les faussetés mensongères, on les trouve partout. Pas seulement dans le discours politique, sur les boites de céréales (faites de multigrains saupoudrées de plusieurs dizaines de grammes de sucre) et dans les magazines (articles ou publireportages ?). On les voit même là où l’on ne s’y attend pas, comme à l’université.

Oui, oui, à l’université! Saviez-vous que l’UQTR offre le cours optionnel La science face aux phénomènes paranormaux? Vous me direz : « Si un tel cours figure au programme d’une faculté universitaire, est-ce à dire que la science reconnait ces phénomènes? C'est ambigu! » Et vous aurez raison.

Du paranormal à l’université, passons à l’ésotérisme politique. Vous l’avez peut-être entendu ou vu cette semaine, une candidate conservatrice, Sandrine Gressard Bélanger, invite les internautes à faire confiance à l’univers (cliquez, ça vaut le détour). Espérons que sa capsule à saveur New Age aura été vue par tous les électeurs de son comté avant le 2 mai prochain…

Cette vidéo m’a rappelé un billet insolite publié en 2010 sur l’Infobourg. En quelques mots, l’auteur de billet proposait de concevoir la lutte au décrochage scolaire sous l’angle de la « loi d’attraction », un concept alliant la physique moderne (l’auteur fait appel au génie d’Einstein pour exposer sa théorie) à la pensée positive.

Hein? La « loi d’attraction » pour vaincre le décrochage? N’importe quoi.

J’étais sidérée. Une agence de presse sérieuse spécialisée en éducation avait accepté de publier de telles inepties? Le bureau de rédaction l’avait vraisemblablement échappé… Ce billet, qui prenait l’allure d’une nouvelle en éducation, semblait faire subtilement la promotion des conférences de son auteur à la manière d’un publireportage.

C’était inacceptable. Je l’ai critiqué vertement en publiant ce commentaire. Qu’en pensez-vous? Vous l’auriez fait? Pourquoi?

Des passeurs de sapins et d'autres vendeurs de charme


On croit à tort que les exploiteurs endimanchés distributeurs de cochonneries et de bonheur préfabriqué se contentent de vendre des conférences sur la motivation, des régimes amaigrissants ou des toiles qui ressemblent étrangement à de la peinture à numéro.

Les passeurs-de-sapin et les vendeurs de charme sont de tous les milieux et même de nos institutions. (Rappelez-vous la douloureuse affaire Rapaille avec la Ville de Québec.) Mais ils ne vendent pas toujours des services et des objets : certains essaient d’inscrire insidieusement dans nos méninges des idées, des valeurs, souvent du rêve et de l'idéal

Je ne souhaite pas alimenter votre cynisme déjà fort éprouvé par la campagne électorale fédérale, chers lecteurs canadiens. J’espère plutôt aviver votre esprit critique et votre vigilance envers l’information dont on vous bombarde quotidiennement.

Doutez sans cesse. Ne tenez rien pour acquis. Posez des questions.

Bon, je vous entends penser. Je joue les profs de philo zélés.

Sachez que je le fais pour notre bien. Je vous prodigue ces conseils parce qu’outre le fait qu’on nous prenne pour des cons, ce qui m’exaspère le plus au monde, c’est qu’on le soit…


* Pléonasme volontaire emprunté à monsieur Lizotte, prof aujourd'hui retraité de l’ESND, qui m'a enseigné le français et l'art d' « offrir des sourires pour rendre heureux ceux qui m’entourent. »



Source de l'image : David Gaya http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Michelangelos_David.jpg?uselang=fr