dimanche 20 mars 2011

Madame Patate


Qu’ont en commun les romans L’énigme du retour, L’école des films et le recueil de nouvelles Être un héros? Premier point : les auteurs de ces œuvres sont canadiens. Second point : ces trois livres dorment - ou hibernent? - sur ma table de chevet depuis la fin janvier.

Je n’ai plus envie de lire. Je n’ai plus envie d’écrire non plus. C’est bien connu: un auteur sous alimenté souffre à coup sûr d’une écriture famélique. Et une période de carence littéraire rend l’acte d’écrire laborieux.

Mais au delà de mon inertie lecto-scripturale, je ressens un désintéressement général pour les activités intellectuelles. Je me tiens loin des débats. Je zappe dès la fin des manchettes du Téléjournal. Je me détourne de tout ce qui pourrait engendrer une prise de position, une réflexion approfondie ou une discussion de plus de cinq minutes.

Docteur, à votre avis, pourquoi cette étrange inertie intellectuelle?

D’après vos symptômes, je crois que vous souffrez de la syncope du veilleur. Ce malaise se manifeste généralement après une longue période de surdose d’information. Il apparait souvent à la suite d’une surexposition à des nouvelles déprimantes, à des études contradictoires, à des débats éthiques infinis et à des tweets à teneur trop élevée en fibres.

Mens sana?


J’adore mon travail qui consiste principalement à dénicher sur le Web de l’information et de l’actualité en lien avec la recherche en éducation. C’est ce qu’on appelle faire de la veille.

Mais les nombreuses heures passées au travail à chercher, décrypter, juger, comparer et évaluer de l’information additionnées à mes hobbys cogitatifs (lire de la fiction, écrire sur mon blogue, inventer des calembours pour amuser mes amis Facebook, etc.) ont vraisemblablement contribué à mon épuisement neuronal.

Trop longtemps, j’ai négligé les nourritures et les activités du corps au profit de celles de l’esprit. Sans trop m’en rendre compte, j’ai alimenté une tête agrémentée d’appendices accessoires. Au fil de temps, je suis devenue Madame Patate.

In corpore sano


Docteur, comment traite-on la syncope du veilleur ?

Soyez sans craintes : ce mal est passager et la cure est plutôt simple. Il suffit de retrouver un équilibre entre vos activités physiques et intellectuelles.

Cuisinez, faites du yoga et du shopping. Voyez des amis. Prenez l’air. Préférez des activités intellectuelles légères. Après le travail, essayez de ne pas passer trop de temps devant un ordinateur. Remplacez l’écran de votre portable par celui de la télévision.

La télévision?

Oui! C’est plutôt facile, vous verrez. Cet exercice est idéal pour reprendre graduellement gout aux plaisirs de l’intellect.

Pour commencer, nourrissez-vous de téléromans et d’émissions prédigérées (mode, musique, décoration, bloopers). Ensuite, passez aux talkshows, puis aux émissions d'affaires publiques. Et puis hop! Quelques semaines plus tard, vous vous surprendrez à regarder un bon documentaire sur le cassenoix d'Amérique.

Telle est mon ordonnance Madame : devenez téléphage! Faites de vous une patate de divan.

Source de l'image : allieosmar http://www.flickr.com/photos/allieosmar/4126484786/sizes/m/