samedi 31 décembre 2011

Bon voeu, bon coeur


Au début de l’année qui s’achève, j’écrivais dans un billet que les vœux ne se réalisent pas. Dans ce même billet, je vous souhaitais «une année meilleure que 2010», vœu lucide de ma sœur Geneviève que je vous offrais à mon tour.

Prophétie? Ironie? Le vœu de Nouvel An de ma sœur s’est réalisé. J’avais tout faux.

En 2011, j’ai fait le premier pas qui me tira de l’inertie en déménageant en Haute-Ville. Et puis, je ne saurais l’expliquer autrement, l’intoxication par saturation olfactive de peinture au latex a stimulé mes neurones associés au bonheur.

Sans rigoler, cette rupture dans mon continuum postestudiantin s’est avérée salutaire. Je n’oserais dire que j’ai trouvé la sérénité en 2011 (j’espère que les 80 prochaines années me permettront d’y parvenir), mais une nouvelle quiétude. Un apaisement à tout le moins.

Malgré un début d’année difficile, j’ai repris gout au plaisir, aux bons sentiments et au port du bas collant. J’ai retrouvé un peu l’enthousiasme de l’adolescence et son optimisme version trentenaire, plus mature et réaliste, moins réactionnaire.

Mes angoisses capillaires se sont atténuées du même souffle que mon hypocondrie. Ce changement inespéré s’est opéré grâce au talent de ma coiffeuse de sœur et aux cours de relaxation yoga de madame Nicole.

Sans m’y attendre, j’ai renoué avec ma formation initiale en lettres en devenant, le temps d'une soirée, l’animatrice 2.0 d’un cabaret littéraire. Je me suis aussi découvert un certain leadership en travaillant à l’implantation d’un Pub Quiz à Québec, ces soirées d’étalage de connaissances qui seront lancées au début de l’année 2012.

En 2011, ma vie sociale a pris du poil de la bête. Mon réseau s’est étendu si bien que mon Facebook a cessé de stagner sous la barre des 100 amis. L'essentiel : j’ai fait la rencontre de plusieurs personnes marquantes (qui se reconnaitront, je l’espère) qui m’ont permis, sans le savoir, de me sentir bien dans le style de vie que j’ai choisi.

Enfin, au terme de ce bilan bien personnel que je partage avec vous, je me demande si l’épistolière a toujours sa raison d’être. Qui lira maintenant les humeurs d’une femme tranquille, moins encline au mélodrame et au sarcasme? ;)

Amis lecteurs, je réitère ce simple vœu en espérant qu’il se réalise pour vous aussi : « Que 2012 soit meilleure que 2011! »

Source de l'image : Gordana AM http://www.flickr.com/photos/ajawin/3142841328/sizes/m/in/photostream/

samedi 22 octobre 2011

Petit guide à l’intention de l’automobiliste pour la survie du piéton

J’adore étrenner des espadrilles. Toujours plus souples que les anciennes, plus légères, plus jolies. Surtout plus rapides. Comme les chaussures du p’tit gars de Passe-Partout qui court vite.

Mon bonheur était double mardi soir dernier : étrenner les nouvelles espadrilles dans Québec ville en rose. Au dessus des remparts, le ciel était violet, ludique et effrayant. Les quelques spasmes restant de la tempête de vent transportaient les feuilles au sol comme pour les rassembler. Dans ce décor digne d’une mise en scène de Tim Burton, je m’émerveillais en marchant jusqu’à la fontaine de Tourny baignée dans sa lumière mauve.

Le bonheur du piéton.

Je ne crois pas qu’aucun automobiliste n’a pu vivre ce moment de grâce. Captif de sa cage de Faraday ventilée à l’air recyclé, comment aurait-il pu ressentir le même plaisir en contournant ce monument banalement illuminé?

Un de ces captifs d’une Mitsubishi n’a pas remarqué la fontaine, ni moi non plus, trop occupé à pitonner « Kécé kon mang bb? ».

Au Québec dans la seule année 2010, 59 piétons ont été tués par des automobilistes et plus de 3000 ont été blessés (source : SAAQ). Alors, permettez-moi, chers lecteurs détenteurs d’un permis de conduire, de vous sensibiliser aux risques auxquels vous exposez couramment les piétons.

L’écosystème routier

Un policier de la SPVQ m’a révélé que l’été, on recense environ 10 accidents par semaine où des piétons sont frappés par des cyclistes sur les trottoirs. (Impossible de vérifier cette moyenne puisque la SAAQ comptabilise seulement les accidents qui impliquent des véhicules motorisés. Édito : allez savoir pourquoi tant de Québécois sont autocentristes…)

D’après vous, qu’est-ce qui explique ces accidents causés par des cyclistes qui savent depuis la maternelle que rouler sur le trottoir, c’est interdit? La réponse est simple. Parce que les cyclistes ne se sentent pas en sécurité sur la route à côtoyer automobiles, camions et autobus.

Les usagers de la route appartiennent à un fragile écosystème dont l’équilibre dépend de la courtoisie de chacun. Respecter les cyclistes, c’est aussi respecter les piétons.

Le bonhomme blanc

Il est moins sympathique que le bonhomme Pillsbury, mais essentiel à la santé et à la survie des piétons. La «silhouette blanche» des feux de circulation n’apparait pas uniquement dans le but d'emmerder les conducteurs en retard, en retard, en retard! Elle se manifeste aussi pour aviser les automobilistes qui voudraient tourner à droite sur un feu rouge qu’ils devront attendre avant de pouvoir le faire.

Prière de ne pas lancer de regards furieux à quiconque ose tapoter l’infâme bouton sur un poteau entre les heures de pointe. Canalisez plutôt votre frustration sur les propos de votre animateur de radio préféré. Ou mieux, profitez de ce moment pour envoyer un texto ou pour prendre vos messages. Rappelez-vous que vous adonner au multitâche est moins dangereux à un feu rouge que pendant que vous conduisez.

Un code à barres sur l’asphalte

Jaunes ou blanches, ces bandes rectangulaires ne sont pas peintes pour décorer l’asphalte ni pour l’encoder. Les passages pour piétons servent à marquer une zone où les piétons sont autorisés à traverser la chaussée.

Plusieurs conducteurs québécois semblent ignorer qu’ils doivent s’arrêter devant ces corridors dès qu’un piéton y pose un pied. Pourtant, l’article 410 du Code de la sécurité routière est sans équivoque :

« Lorsqu'un piéton s'engage dans un passage pour piétons, le conducteur d'un véhicule routier doit immobiliser son véhicule et lui permettre de traverser et le conducteur d'une bicyclette doit également lui permettre de traverser. »

Les piétons que vous laissez passer vous le rendront bien. Ils seront de plus en plus nombreux à emprunter ces passages et vous éviteront de revivre ces frayeurs du temps où ils surgissaient inopinément devant votre pare-choc, comme des cervidés égarés aux abords de la 175.

À l’abri des intempéries sous le capot

Usez vos freins, les piétons et votre mécanicien l’apprécieront. Même si aucun article du Code de la sécurité routière ne le spécifie, soyez courtois envers les piétons, surtout quand la température n’est pas clémente.

Sous leur parapluie ou dans leur habit de neige, les marcheurs ne jouissent pas du confort d’un habitacle sec et chauffé. Comme vous, il n'aiment pas marcher dans des bottes pleines de gadoue qui font smouch-smouch. S’il vous plait, évitez-leur les mauvaises blagues de leurs collègues quand ils arrivent au bureau à bout de nerfs, trempés, dans des bottes juteuses et bruyantes….

Marcher à l’adrénaline

La marche – à ne pas confondre avec la randonnée – est l’une de mes activités préférées. Surtout l’automne, quand je m’essouffle sans avoir chaud et que je regagne la chaleur de mon appartement toute ravigotée, boostée aux endorphines pédestres.

Au moins une fois par mois, j’agrémente mes marches d’un peu d’adrénaline. Quand un automobiliste semble ne pas avoir l’intention de freiner devant un passage pour piétons, [je m’excuse maman] je m’y engage au péril de ma vie. Connait-il l’article 410? Peut-être pas. Chose certaine, je lui aurai servi une bonne frousse… et une leçon. Incha'Allah.

Mais diantre, pourquoi avoir choisi la voie de la témérité? Pas besoin de se jeter sur les voitures pour éduquer les conducteurs!

Vous avez raison.

C’est que, voyez-vous, mon plaisir à marcher est presque égal à ma crainte de me faire rouler sur le corps par un véhicule de plaisance. Une marche m’apparait toujours plus grisante quand j’ai l’impression de risquer ma vie. Même si ce sentiment de peur exacerbe ma jouissance et renforce ma dépendance, j’aimerais pouvoir y renoncer.

M’y aiderez-vous? Ma mère vous en serait reconnaissante.

Addendum

6 décembre 2014 - L'organisme Accès Transports Viables a publié une carte interactive qui recense tous les accidents ayant impliqué des cyclistes et des piétons à Québec de 2005 à 2013.


Source de l'image : http://thenounproject.com/noun/pedestrian/#icon-No445

samedi 10 septembre 2011

Un coup de balai

J’y suis. Devant mon portable, dans mon appartement fraichement repeint où roule la poussière. J’essaie pour la 4e fois d’écrire un billet publiable. J’ai décidé après 2 mois de tentatives sabotées qu’aujourd’hui serait la bonne. Que j’écrirais ce billet d’un trait, sans retenue.

Dans mes tentatives précédentes, je souhaitais vous parler de mon été d'emménagement, d’ennui et de mes nouvelles quelques livres en trop. Je n’en ai pas envie. Le vent de septembre a soufflé mes blues pour céder place à un état de bien-être à apprivoiser. Toute seule, chez moi, dans la poussière.

Quelque chose s’est passé cet été. Quelque chose de bien. Comme une sorte de métamorphose de l’intérieur, une poussée de croissance d’assurance et de confort. Une crise d’adolescence postpubère de l’âme qui accepte enfin son état et qui y trouve même des avantages. Du temps. De la tranquillité. Des sorties. De la liberté.

J’ai repensé à ce que m’avait dit Valérie et j’ai eu envie de réussir ma vie, peu importe mon statut civil/parental.

Le chemin a été long. Plus de 18 mois à me torturer en repensant à mes dernières relations qui ne menaient nulle part. Je me suis approprié mon nouvel appartement en même temps que mon célibat. J’ai fait la paix avec mon ex copain avec qui j’entretiens aujourd’hui un lien professionnel et amical.

Je ne sais pas si cette métamorphose s’est amorcée quand j’ai été confrontée à la solitude. Ou si je la dois à l’effervescence de mon nouveau quartier qui chasse toute forme d’inertie. Je suis cependant sûre d’une chose : j’aime mon nouveau bien-être à apprivoiser.

Je vous reviendrai prochainement et de façon plus assidue. Mais pour l’instant, je vous laisse. J’ai quelque chose à faire disparaitre sur mon plancher...

Source de l'image : Edgar Degas. Ballet - l'étoile (Rosita Mauri) http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Edgar_Germain_Hilaire_Degas_018.jpg

dimanche 12 juin 2011

Des élèves et des incultes (2/2)

Thot, dieu de l'écriture et de la connaissance

Soyons honnêtes. La plupart des élèves n’ont pas ou peu d’intérêt à participer aux cours de littérature au cégep. Pour plusieurs élèves, pour ne pas dire la plupart, le cours de littérature/français est l’équivalent scolaire d’une longue rage de dents. Un mal nécessaire pour l’obtention de leur diplôme d'études collégiales (DEC).

Ils sont nombreux à penser qu’ils sont incompétents en lecture et en écriture, rebutés à la seule idée d’être lus, donc d'être corrigés.

Tu fais donc bien des fautes! Que c’est mal écrit! Voyons, c’est simple, MORDRE.

On a voulu sauver leur âme en les assommant de dictées, d’interminables exercices d’accord des participes passés, de lectures et de rédactions imposées. Plutôt, on les a écœurés jusqu’à ce qu’ils en viennent à penser que le français et la littérature, « c’est plate », comme le constate Ian Murchison dans sa lettre d’opinion publiée dans Le Devoir.

[À ce propos, Monsieur Murchison, vous est-il venu à l’esprit d’intégrer des œuvres ou des extraits de littérature contemporaine dans vos cours? Et j’entends par contemporaine des œuvres postérieures à la Révolution tranquille, plus près des jeunes, qui donneraient du relief à votre roman fétiche. J’imagine facilement lire en parallèle Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles et les Demi-civilisés. Qu’en pensez-vous? Ne croyez-vous pas que vos élèves pourraient oublier plus facilement leur mal de dent?]

De la culture encyclopédique à la culture numérique

Pensons-y : pourquoi les élèves s’engageraient-ils dans des activités d’apprentissage qui n’entretiennent aucun lien avec leur programme de formation spécifique ni avec leur vie à l’extérieur de l’école? Quand pourront-ils réinvestir leurs savoirs sur le courant surréaliste ou sur le rôle de la religion et de la nature dans Attala? Au bureau, devant le distributeur à café?

Des enseignants vous répondront : les cours de littérature permettent aux élèves d’enrichir leur culture générale.

D'autres répliqueront qu'à l’ère de Wikipédia, la « culture générale n'est pas faite que de connaissances encyclopédiques » qui sont à portée des doigts. Pour reprendre les mots du professeur Benoît Melançon de l’Université de Montréal, le défi actuel de la culture générale est de « savoir manier les renseignements numériques ».

Les élèves ont changé. Leur rapport à la culture et leurs façons d’apprendre aussi. Apprennent-ils à juger, à discriminer et à évaluer les renseignements numériques en classe de littérature? A-t-on adapté les contenus et les pratiques pédagogiques en fonction de cette « nouvelle espèce » d’apprenants? Pas vraiment, du moins, si les pairs de Murchison et de Francoeur ont la même conception de l'enseignement de la littérature...

Repenser la classe de littérature

Le 1er juin dernier, j'assistais à une conférence de Marlène Lebrun, ma directrice de maitrise. Avant de présenter des pratiques innovantes qu’elle a expérimentées en France et au Québec, la conférencière a expliqué l’importance de proposer aux élèves des situations d'apprentissage signifiantes en classe de littérature.

Des activités répandues telles que la dissertation, l’analyse littéraire et la dictée ne s’apparentent pas à des pratiques sociales de référence, autrement dit, à des formes d'écriture courantes et auxquelles les élèves s’adonnent à l’extérieur de l’école.

Et pourtant, en 2011, ces activités vétustes et dénuées de sens font partie des plans de cours du collégial. Pourquoi?

Sans aucun doute pour la très pragmatique raison que les élèves doivent réussir l’Épreuve uniforme de français (ÉUF), une dissertation de 900 mots sur un des sujets imposés par le MELS, pour obtenir leur DEC.

Mais encore, j’ai pu le constater en tant que cégépienne et qu’enseignante : plusieurs profs sont cantonnés dans le paradigme de l'histoire littéraire, vieux de plusieurs centaines d’années, où l’élève doit souligner le génie d’un auteur et faire la démonstration que son œuvre est le produit d'un contexte historico-culturel qui s’inscrit dans un courant littéraire.

Présentée sous cet angle, l’œuvre littéraire est lue pour être intellectualisée et admirée, ce qui n’est guère séduisant, vous en conviendrez…

Admirer ou apprécier?

S’il ne s’agit plus d’essayer de faire des élèves des lecteurs «cultivés», mais capables d'exercer leur esprit critique, quel est le but des cours de littérature au collégial? Et qu'est-ce que cette formation doit laisser comme empreinte dans le cerveau des jeunes?

Lebrun propose de faire de la classe une communauté d’auteurs-lecteurs actifs et passionnés qui peuvent tirer profit des TIC (blogues, Twitter et autres réseaux sociaux) pour donner du sens à leurs productions.

Engagés dans cette communauté, les élèves sont appelés à poser un regard critique sur les œuvres. Ils partagent leurs interprétations et leurs appréciations avec leurs pairs et l’enseignant. Ce dernier, membre de cette communauté au même titre que ses élèves, n’est plus le seul détenteur des clés interprétatives des textes.

L'enseignant favorise le débat sur les lectures et invite les élèves à argumenter, à livrer leurs coups de cœur et leurs coups de gueule. Enfin, en créant des activités d’apprentissage stimulantes et adaptée à ses élèves, il partage son gout de lire, d’écrire et d’être lu.

La classe de littérature telle que conçue par Lebrun vous semble innovante? Voire révolutionnaire?

À coup sûr, cette classe est plus engageante, plus motivante. Sûrement plus susceptible aussi de faire des élèves des lecteurs critiques capables d’« apprécier des œuvres littéraires ».

Source de l'image : Jeff Dahl http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Thoth.svg

samedi 4 juin 2011

Des élèves et des cancres (1/2)



L’entrevue que Lucien Francoeur a accordée à Sophie Durocher pour le Journal de Montréal (à lire ici) m’a profondément exaspérée. J’ai senti dans les propos de l’enseignant vraisemblablement blasé un tel mépris pour ses élèves que j’ai dû cesser puis reprendre la lecture au moins trois fois avant d’arriver au bas de l’article.

C'est que les propos de Francoeur ont ravivé, avec la même intensité, les déceptions et les frustrations qui m’ont amenée à quitter la profession. Il me rappelle des collègues enseignants, empâtés dans leurs pratiques inadaptées aux élèves, qui s'entêtaient à faire mémoriser les terminaisons aux cégépiens « qui ne savent plus écrire ». Je pense à ceux-là qui se sont empressés de tuer dans l’œuf toutes mes tentatives innovantes, par peur et par ignorance, je suppose. En usant de stratagèmes ingénieux - comme me dénigrer auprès de mes élèves et de la direction – Madame Ça-fait-25-ans-que-j’enseigne-de-même-Mamzelle m'a asséné le coup qui a eu raison de ma passion.

Je me sers donc de ce «cri du cœur», plutôt de ce « mal de cœur » de Francoeur comme levier afin de vous livrer une réflexion en deux temps. Ce premier billet plus axé sur la relation maitre-élèves en 2011, le second sur l’enseignement de la littérature au collégial.

Dégénération


Francoeur nous sert le sempiternel discours intergénérationnel qui ne mène et ne mènera jamais nulle part. « Dans le bon vieux temps... » Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Ils ne sont ni pires ni meilleurs que leurs prédécesseurs. Ils sont différents et surtout, ils apprennent différemment.

Si les élèves apprennent différemment que ceux qui ont fréquenté le cégep dans les années 1980-1990, je ne crois pas qu’ils soient plus idiots que leurs prédécesseurs. Francoeur fait le rapprochement direct entre « c’est les élèves, les cancres ». Là, je ne suis pas d’accord. Et ça me met en rogne.

La loi de la probabilité veut que le nombre d’élèves avec un rendement dans la moyenne tend à rester le même à travers le temps. Toutes les époques ont eu leurs cancres et leurs premiers de classe. Je pose donc cette hypothèse : si l’enseignant d’expérience compte parmi ses élèves plus de cancres aujourd’hui qu’au début de sa carrière, peut-être faut-il remettre en question ses habiletés à additionner...

Des élèves équipés comme s'ils travaillaient à la NASA


C’est vrai : les jeunes ont toujours les yeux rivés sur un écran d’iPod, d’iPad ou d’un téléphone. Les cégépiens d’aujourd’hui ont la chance d’avoir dans leur poche une source quasi infinie de connaissance… et de distraction.

En tant qu’ex-prof de littérature au cégep, je sais que ces « machines » peuvent facilement absorber l’attention des élèves. Francoeur se leurre par contre ici : selon la psychologie cognitive, le cerveau humain a une capacité de concentration d’environ 20 minutes. L’incapacité des élèves à rester concentrés sur l’objet enseigné ne date donc pas d’hier. Seulement, hier, les jeunes se distrayaient autrement, en laissant dériver leur regard jusqu’à la fenêtre ou en mâchant des boulettes de papier à coller sous leur chaise.

En 2011, le maitre n’est plus le seul détenteur de la connaissance et les élèves le savent très bien. Les enseignants ont donc tout à gagner à connaitre et à manipuler ces technologies pour optimiser les activités d’apprentissage et leur donner du sens.

À ce propos, pourquoi persister à utiliser le vétuste papier-crayon en classe? Que croyez-vous que les jeunes écrivent sur du papier ailleurs que sur leur table en classe? Pas grand-chose, sinon un numéro sur un post-it, à condition bien entendu qu’ils n’aient pas leur cellulaire sous la main…

L’auteur du tube le Rap à Billy s’étonne que les élèves ne connaissent pas l’objet livre ni la mise en page. Eh bien! Les grandes maisons d’édition, dont celles qui se consacrent aux manuels scolaires, sont en plein bouleversement. Pourquoi? Parce que les lecteurs, grands et petits, soucieux de l’environnement et habitués à la lecture à l’écran, leur demandent de produire des livres numériques.

De plus en plus de lecture à l’écran. Normal donc que nos ados connaissent moins le vocabulaire du papier (interligne simple, recto-verso) et qu’ils maitrisent mieux celui du Web (wiki, clavardage, Twitter, Facebook, MySpace, SMS, blogue...).

D’ici à ce que l’imprimé disparaisse ou à ce que Francoeur prenne sa retraite, je lui propose cette activité qui allie ses forces et celles de ses élèves : créer en classe un tutoriel à mettre en ligne sur les rudiments de la mise en page…

À qui faire porter le bonnet d’âne?


J’ai eu beau lire plusieurs fois l’entrevue, je n’arrive pas à déterminer ce qui exaspère le plus Francoeur : la cancreté, les réformes du MELS ou les enseignants incompétents qui ont omis de mettre à leur plan de cours l’interligne simple? Une chose m’apparait claire cependant : la source de la désolation de l’enseignant semble provenir de son incompréhension des intérêts, des outils et des façons d’apprendre des jeunes en 2011.

Francoeur jette le blâme sur le MELS : « on continue à concocter des réformes comme si c'était le même genre de cerveaux qu'avant. » Étrangement, en examinant ses positions, je suis portée à penser qu’il fait partie de ces enseignants qui « continuent à concocter des cours comme si c’était le même genre d’élèves qu’avant. »

Et si on nivelait vraiment par le bas, Monsieur Francoeur, comment expliquer que le taux de décrochage ne s’améliore pas?

Je dois donner à Francoeur ce qui revient à Francoeur. Je suis certaine qu’il a su, à sa façon bien à lui, partager sa passion pour la littérature et susciter l’intérêt des élèves qu’il a vu défiler dans sa classe ces 30 dernières années.

Par ailleurs, je m’attriste sincèrement de son pessimisme que je ne partage pas du tout. Peut-être n’est-ce qu’un problème de perspective… À trop valoriser ce « bon vieux temps » où l'on pouvait identifier les cancres à leur coiffe, on risque d'oublier de s’adapter à son époque. C’est peut-être ce qui est arrivé à Francoeur…

Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/hownowdesign/2183600534/sizes/m/in/photostream/

lundi 23 mai 2011

La gauche et la droite


« Tes textes sont bons, mais t’as tendance à sur-écrire. »

Ma sœur Geneviève. Coiffeuse culturée. De n’importe qui d’autre, cette critique très juste aurait été suivie d’une savante réplique du genre « Oui mais + [insérez ici une défaite]. » Mais j’ai plutôt répondu : « Ouais, je sais. »

Experte de mes angoisses capillaires jusqu’au tréfonds, ma sœur n’allait avaler aucune tentative de justification, aussi originale soit-elle. À m’observer les fosses abyssales du Ça depuis bientôt 27 ans, elle me connait par cœur. Parfois mieux que moi-même.

Sur la photo, c’est elle. Jolie, n’est-ce pas? Geneviève est ma cadette de deux ans, ma première cadette parce que nous avons une autre sœur plus jeune, Caroline.

Vous trouvez qu’elle me ressemble? Un peu. On a des airs de famille. Forme du visage, sourcils, regard. Les personnes qui nous connaissent bien toutes les deux vous diront que sur le plan de la personnalité, nous sommes aussi semblables que différentes.

Pour nos parents, nous avons une identité commune : Véroggggeneviève, Geneeevéronique ou, plus simplement, les filles.

On nous a confondues et débaptisées l’une et l’autre encore. Et encore. Étant donné notre petit écart d’âge, notre pragmatique maman nous achetait souvent le même kit, mais d’une couleur différente, ce qui alimentait l’ambigüité. « C’est laquelle, elle? Ta plus vieille? »

Aujourd’hui, on m’appelle souvent Geneviève, qu’on sache ou non que j’ai une sœur qui porte ce prénom. À l’université, au bureau, à la pharmacie, chez le chiro. Hasard? La légende veut que le curé qui m’a baptisée, un peu rond ce matin-là, se soit trompé en prononçant les saintes paroles...

De l’enfance à aujourd’hui, ma sœur et moi nous entendons (accordons) plutôt bien. Évidemment, entre nous, tout n’a pas toujours été aussi harmonieux que ses fameux dessins qu’elle faisait de la main gauche… et sans mon aide!

C’était agaçant de la voir s’amuser toute seule. À peine savait-elle parler qu’elle court-circuitait déjà les schémas habituels de la relation ainée-cadette.

Ma sœur se fichait complètement que j’observe mon rôle de modèle auprès d’elle. Souvent, je m’en plaignais à notre mère qui l’obligeait de devenir ma poupée, mon cobaye, mon élève et parfois même, mon indienne.

« Détache ta sœur d’la balançoire tout’d’suite Geneeevéronique D’Amours! »

En fait, bien que je sois l’ainée, le modèle à suivre, c’est elle.

[Je l’entends déjà faire la critique de ce billet : « Comment ça j’ai pas de défauts sur ton blogue, bout d’viarge!? Tu lyres, ma sœur! » Pour autant que mon texte ne soit pas sur-écrit et qu’il reste authentique, j’ai bien le droit de lyrer, ok? Je poursuis donc… ]

Je l’admire pour son courage, pour sa créativité et pour sa franchise à la limite de l’inhibition. J’envie sa façon d’aborder les choses sans se casser le bécique et son sens de la répartie que je n’ai jamais su calquer.

Grâce à elle, j’ai appris à apprécier la différence, à sortir de ma zone de confort culturelle (cinéma, littérature, musique) et à prendre conscience des mes préjugés, notamment sur les coiffeuses.

Je ne peux imaginer ce que je serais sans elle. Une vieille fille condamnée à lire Madame Bovary? Une accroc de la clope et des traitements capillaires? Peut-être un clown blanc perpétuellement à la recherche de son auguste…

De l’enfance jusqu’à hier, nous nous sommes construites ensemble, nous déterminant l’une par rapport à l’autre, fortes de nos ressemblances et de notre complémentarité.

Ensemble, nous sommes deux parties d'un tout. Elle la gauche, moi la droite.

dimanche 10 avril 2011

Ce billet peut contenir des scènes de nudité

J’aime le sans-flafla-ni-chichi. Les cœurs purs comme celui d’une chanteuse pas de filtre.

J’aime la vérité nue. L’authenticité.

Je me plais à penser que mes parents ont reconnu ce fondement de ma personnalité dès ma naissance en choisissant mon prénom. Véronique, du latin vera icon, « véritable image ».

J’en ai fait ma devise personnelle. J’essaie d’être ce que j’annonce. Même si, timide, j’ai tendance à m’inhiber ou à me mettre les pieds dans les plats, plus souvent qu'autrement, devant des inconnus.

Mais trêve d’introspection publique, vous l’avez remarqué, l’authenticité n’a pas la cote de nos jours. Je ne fais pas ici référence aux implants capillaires et aux seins siliconés. Je pense plutôt aux discours édulcorés aux faux-semblants et, plus largement, à l’information qui foisonne de demi-vérités et de faussetés mensongères*.

Et dans cette ère où le vrai et le faux s’emmêlent et se confondent dans un même souffle, il est impératif de les distinguer en exerçant son esprit (ou sa posture!) critique.

Des avaleurs et des avalés


Les demi-vérités et les faussetés mensongères, on les trouve partout. Pas seulement dans le discours politique, sur les boites de céréales (faites de multigrains saupoudrées de plusieurs dizaines de grammes de sucre) et dans les magazines (articles ou publireportages ?). On les voit même là où l’on ne s’y attend pas, comme à l’université.

Oui, oui, à l’université! Saviez-vous que l’UQTR offre le cours optionnel La science face aux phénomènes paranormaux? Vous me direz : « Si un tel cours figure au programme d’une faculté universitaire, est-ce à dire que la science reconnait ces phénomènes? C'est ambigu! » Et vous aurez raison.

Du paranormal à l’université, passons à l’ésotérisme politique. Vous l’avez peut-être entendu ou vu cette semaine, une candidate conservatrice, Sandrine Gressard Bélanger, invite les internautes à faire confiance à l’univers (cliquez, ça vaut le détour). Espérons que sa capsule à saveur New Age aura été vue par tous les électeurs de son comté avant le 2 mai prochain…

Cette vidéo m’a rappelé un billet insolite publié en 2010 sur l’Infobourg. En quelques mots, l’auteur de billet proposait de concevoir la lutte au décrochage scolaire sous l’angle de la « loi d’attraction », un concept alliant la physique moderne (l’auteur fait appel au génie d’Einstein pour exposer sa théorie) à la pensée positive.

Hein? La « loi d’attraction » pour vaincre le décrochage? N’importe quoi.

J’étais sidérée. Une agence de presse sérieuse spécialisée en éducation avait accepté de publier de telles inepties? Le bureau de rédaction l’avait vraisemblablement échappé… Ce billet, qui prenait l’allure d’une nouvelle en éducation, semblait faire subtilement la promotion des conférences de son auteur à la manière d’un publireportage.

C’était inacceptable. Je l’ai critiqué vertement en publiant ce commentaire. Qu’en pensez-vous? Vous l’auriez fait? Pourquoi?

Des passeurs de sapins et d'autres vendeurs de charme


On croit à tort que les exploiteurs endimanchés distributeurs de cochonneries et de bonheur préfabriqué se contentent de vendre des conférences sur la motivation, des régimes amaigrissants ou des toiles qui ressemblent étrangement à de la peinture à numéro.

Les passeurs-de-sapin et les vendeurs de charme sont de tous les milieux et même de nos institutions. (Rappelez-vous la douloureuse affaire Rapaille avec la Ville de Québec.) Mais ils ne vendent pas toujours des services et des objets : certains essaient d’inscrire insidieusement dans nos méninges des idées, des valeurs, souvent du rêve et de l'idéal

Je ne souhaite pas alimenter votre cynisme déjà fort éprouvé par la campagne électorale fédérale, chers lecteurs canadiens. J’espère plutôt aviver votre esprit critique et votre vigilance envers l’information dont on vous bombarde quotidiennement.

Doutez sans cesse. Ne tenez rien pour acquis. Posez des questions.

Bon, je vous entends penser. Je joue les profs de philo zélés.

Sachez que je le fais pour notre bien. Je vous prodigue ces conseils parce qu’outre le fait qu’on nous prenne pour des cons, ce qui m’exaspère le plus au monde, c’est qu’on le soit…


* Pléonasme volontaire emprunté à monsieur Lizotte, prof aujourd'hui retraité de l’ESND, qui m'a enseigné le français et l'art d' « offrir des sourires pour rendre heureux ceux qui m’entourent. »



Source de l'image : David Gaya http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Michelangelos_David.jpg?uselang=fr

dimanche 20 mars 2011

Madame Patate


Qu’ont en commun les romans L’énigme du retour, L’école des films et le recueil de nouvelles Être un héros? Premier point : les auteurs de ces œuvres sont canadiens. Second point : ces trois livres dorment - ou hibernent? - sur ma table de chevet depuis la fin janvier.

Je n’ai plus envie de lire. Je n’ai plus envie d’écrire non plus. C’est bien connu: un auteur sous alimenté souffre à coup sûr d’une écriture famélique. Et une période de carence littéraire rend l’acte d’écrire laborieux.

Mais au delà de mon inertie lecto-scripturale, je ressens un désintéressement général pour les activités intellectuelles. Je me tiens loin des débats. Je zappe dès la fin des manchettes du Téléjournal. Je me détourne de tout ce qui pourrait engendrer une prise de position, une réflexion approfondie ou une discussion de plus de cinq minutes.

Docteur, à votre avis, pourquoi cette étrange inertie intellectuelle?

D’après vos symptômes, je crois que vous souffrez de la syncope du veilleur. Ce malaise se manifeste généralement après une longue période de surdose d’information. Il apparait souvent à la suite d’une surexposition à des nouvelles déprimantes, à des études contradictoires, à des débats éthiques infinis et à des tweets à teneur trop élevée en fibres.

Mens sana?


J’adore mon travail qui consiste principalement à dénicher sur le Web de l’information et de l’actualité en lien avec la recherche en éducation. C’est ce qu’on appelle faire de la veille.

Mais les nombreuses heures passées au travail à chercher, décrypter, juger, comparer et évaluer de l’information additionnées à mes hobbys cogitatifs (lire de la fiction, écrire sur mon blogue, inventer des calembours pour amuser mes amis Facebook, etc.) ont vraisemblablement contribué à mon épuisement neuronal.

Trop longtemps, j’ai négligé les nourritures et les activités du corps au profit de celles de l’esprit. Sans trop m’en rendre compte, j’ai alimenté une tête agrémentée d’appendices accessoires. Au fil de temps, je suis devenue Madame Patate.

In corpore sano


Docteur, comment traite-on la syncope du veilleur ?

Soyez sans craintes : ce mal est passager et la cure est plutôt simple. Il suffit de retrouver un équilibre entre vos activités physiques et intellectuelles.

Cuisinez, faites du yoga et du shopping. Voyez des amis. Prenez l’air. Préférez des activités intellectuelles légères. Après le travail, essayez de ne pas passer trop de temps devant un ordinateur. Remplacez l’écran de votre portable par celui de la télévision.

La télévision?

Oui! C’est plutôt facile, vous verrez. Cet exercice est idéal pour reprendre graduellement gout aux plaisirs de l’intellect.

Pour commencer, nourrissez-vous de téléromans et d’émissions prédigérées (mode, musique, décoration, bloopers). Ensuite, passez aux talkshows, puis aux émissions d'affaires publiques. Et puis hop! Quelques semaines plus tard, vous vous surprendrez à regarder un bon documentaire sur le cassenoix d'Amérique.

Telle est mon ordonnance Madame : devenez téléphage! Faites de vous une patate de divan.

Source de l'image : allieosmar http://www.flickr.com/photos/allieosmar/4126484786/sizes/m/

lundi 14 février 2011

Idéal pour personne seule

Depuis plus ou moins deux semaines, je parcours régulièrement les petites annonces à la recherche d’appartements qui correspondent à mes critères.

Sans tapis, bien éclairé, non meublé, dans un quartier tranquille, avec entrée laveuse-sécheuse, à moins de 40 minutes de bus du travail et, évidemment, dans les limites de mon budget.

Mais on dirait que la Haute-Ville et Saint-Roch sont devenus des extensions tentaculaires du Plateau. Comme si le quartier légendaire avait enjambé le fleuve et les montagnes pour s’étendre jusque dans la Capitale-Nationale en semant sur son passage quelques hipsters par-ci par-là.

Loft style 3 ½ avec vue sur les Laurentides

À Québec comme à Montréal, les propriétaires en mènent large : hausse astronomique des loyers, premier mois payable lors de la signature du bail, enquête de crédit et références obligatoires, chien chat perruche et poney interdits.

Dans ce contexte, la colocation offre des avantages indéniables. Comme le luxe de pouvoir tirer à la courte paille quand vient le temps de téléphoner à la proprio-toute-rétrécie-et-pas-commode-pantoute parce qu'on a dû dormir en habit de neige.

Étrangement, même si la colocation en rebute plus d'un, ses désagréments – poils non identifiés dans la baignoire, vidanges perma-stationnées dans le locker, bruissements coïtaux tardifs et/ou matinaux – n’ont jamais gravement entravé mon bien-être.

Comme on dit, je dois avoir le bonheur communautaire facile.

Charmant 3 pièces idéal pour personne seule

À 28 ans, au zénith de ma carrière de colocataire, je me retire. Il est temps de mettre un terme à cette transition étudiante/professionnelle qui s'étire. J'opte maintenant pour le bonheur solitaire.

J’ai consacré la fin de semaine des amoureux-qui-se-bécotent-sur-les-bancs-publics-bancs-publics-bancs-publics à réfléchir à la vie post-colocation.

Dès maintenant, je me prépare mentalement à retrouver un appartement inanimé en rentrant du travail. Sans colocs à qui raconter ma journée et les derniers Twitter trends, sans divan en similicuir turquoise pâle et sans télécommande à trouver dans la damnée craque.

Parce qu’après 11 ans de compromis et de partage quotidiens – C’est-tu à mon tour d’acheter du papier de toilette? – s’il est une chose qu'il me faut désormais apprendre, c’est de vivre toute seule.

Ou mieux, de réussir mon idéal pour personne seule.


Merci à mes colocataires Martine* et Patrick*, Élizabeth, Pierre, Yolaine, Yanick, Yves, Geneviève T., Rosalie, Maxime, Noémie*, Marie-Josée, Jessica, Geneviève L. et Mylène pour ces années de bonheur communautaire (*pas toujours rose).

samedi 8 janvier 2011

Des vœux zé des résolutions

Cette année, j’innove. Aussi bien changer mes habitudes de vieille fille avant qu’il ne soit trop tard. Après tout, on annonce la fin du monde pour 2012, ce qui ne me laisse que quelques mois pour prendre de nouveaux plis.

Trêve d’ironie, je n'ai pas l'intention de vous bassiner avec ces sombres élucubrations. Je vous entretiendrai plutôt de mon renoncement aux traditionnels vœux et résolutions du Nouvel An que j'ai d'ailleurs jetés avec le sapin.

Meilleurs vœux la prochaine fois!

Je peux vous le confirmer. Les vœux ne se réalisent pas. La preuve : je fais le même vœu chaque fois que l’occasion se présente depuis 10 ans. Nouvel An, anniversaire, étoile filante, trèfle à quatre feuilles, fraise mutante. Et puis quoi? Rien. Que d’acharnement pour générer tant de déception.

Cette année pour le jour de l’An, je me suis jointe à un sympathique trio de célibataires (pré)trentenaires. Ma sœur, chef d’orchestre de ce quatuor de circonstance, lève son verre : « Les vœux, c’est n’importe quoi. Ce que je nous souhaite pour 2011, c’est une année meilleure que 2010! »

Une année meilleure*. Un vœu lucide, subjectif, évolutif et sage. À l’image de ma sœur.

D'un vœu comme celui-là, j’en veux bien parce qu’il est senti et profondément sincère. Mais des autres vœux, de ces politesses aseptisées qu’on sème à tout vent pendant le mois de janvier, je n’en veux plus. Des « Bonne année! » mécaniques du chauffeur d’autobus aux futiles « Santé, bonheur! » de ma conseillère financière, je préfère encore les formules de politesse habituelles. Au moins, les « bonjour » et les « merci » ont l’avantage d’être efficaces, monosémiques et ne prétendent à aucune valeur affective.

Vox populi : en ce début d’année, me trouvez-vous plutôt sarcastique ou désillusionnée? Sarcastique parce que désillusionnée? (cliquez ici pour accéder au sondage)

Voilà le résultat de 10 années de vœux déçus…

Résolvez, mes braves!

Résolution, du latin resolvere, résoudre. Autrement dit, une résolution est une solution trouvée à un problème. Et s’il est un problème qui me pourrit l’existence, c’est bien ma propension à résoudre des problèmes, souvent complexes, inextricables, voire insolubles que j’ai dénichés là où il n’y en avait pas.

Parlez-en aux trois lurons à qui je me suis jointe le 31 décembre. Pour la première fois de leur vie (je l’espère), ils ont assisté à une scène digne d’un Woody Allen quand mes collants se sont coincés - chez nos hôtes que je ne connaissais pas - dans le zipper d'une de mes bottes. Paniquée, je ne voyais que deux solutions : garder mes bottes et perdre la face ou déchirer mes collants et perdre ma dignité. Dans les deux cas, c'était la cata.

Mais rassurez-vous, ce mélodrame bottocollo-jambesque n’a pas eu raison du quatuor, bien qu’à un certain moment, j’aurais compris si les trois autres avaient fait semblant de ne pas me connaitre…

Vous trouvez, avec raison, que cette histoire de collants et de bottes a pris des allures disproportionnées? Alors, imaginez le temps et l’énergie que je perds chaque année à prendre et à tenir des résolutions pour des problèmes… sans importance?

Autre argument anti-résolution. Les résolutions, pour autant qu’on les tienne, engendrent stress et sentiment de culpabilité.

Prenons le classique « perdre du poids » (encore faut-il avoir réellement quelques kilos en trop…). Au début janvier, les gyms s’emplissent de résolutionnaires motivés qui ont dépoussiéré leurs livres de diète après la pesée rituelle post-jour de l’An.

Mi-février, le trois quarts d’entre eux auront déserté les tapis roulants et cédé à la pressante tentation des calories vides. Parmi ceux qui tiennent encore en mars, combien sont plus déterminés qu’angoissés par la performance ou encore masochistes?

Et bien moi, cette année, je fais un pied de nez aux traditions du Nouvel An. Basta les vœux polis, les résolutions, les angoisses de performance et le masochisme!

J'en vœux pu!

Tu tu tu. Je vous entends penser et froncer les sourcils : « Ok, mais si l’overdose de pubs de Noël n’avait pas embrumé ton cerveau, quelle aurait été ta résolution cette année? » Hum. Eh bien, avant décembre prochain, j’aurais voulu me remettre à croire au Père Noël.

Croire au Père Noël? C’est farfelu, j’en conviens, mais pourquoi pas! « Et qu'est-ce que tu lui demanderais? », vous esclafferez-vous.

Simplement de réaliser mon unique vœu en laissant sous mon sapin un amoureux tout emballé.


* Soit dit en passant, fidèles lecteurs, je vous souhaite également une année meilleure. Sincèrement.


Source de l'image : L'Internaute http://www.linternaute.com/cartes/envoi/975944/1131065300/409/meilleurs-voeux.shtml