dimanche 5 décembre 2010

Un scintillement


Je recommence à écrire
comme d’autres recommencent à fumer.
Sans oser le dire à personne.
Avec cette impression de faire une chose
qui n’est pas bonne pour moi
mais à laquelle il m’est impossible
de résister plus longtemps

- Dany Laferrière, L’énigme du retour



J’ai ralenti le rythme de mes publications depuis un mois. J’ai réalisé que mes derniers billets ont été forgés de raison plutôt que de cœur. Et qu’entretenir mon blogue était devenu moins un plaisir qu’un devoir, comme faire la lessive et retourner ses appels. Pourquoi?

J’aimerais être originale. Drôle. Intelligente. Toujours. J’aimerais que ça me vienne tout le temps, en prose. Et que ça donne un hit bloguestre. Un texte divertissant, bien cousu et digne de recevoir des commentaires. Parce c’est ce que je pense qu’on attend d’une épistolière à l’ère du Web 2.0.

Il ne faut jamais écrire que pour soi. Sinon l’écriture est sans portée, reste vaine. J'écris souvent trop peu pour moi. Et trop pour vous. Parce que je souhaite d’abord vous plaire et brandir de l’intellect avant de purger de l’affect. Trop sensible.

À votre insu, je m’épuise en prenant grand soin de ménager un espace rationnel et douillet entre mes lignes. Je n’économise ni temps ni énergie pour dessiner votre trajectoire sur mes envolées lyriques. Et pour satisfaire à vos attentes, pour écrire ce que vous avez envie de lire, je me garde de me répandre en élans mélancoliques. Je renonce au spasme de m’écrire, à cette envie que j’aie que j’aie.

Mais aujourd’hui, je suis trop fatiguée pour contenir cette pression de l’intérieur, toujours plus forte et plus brillante. Par des brèches elle s’échappe en de minces faisceaux, un scintillement, peut-être de la poésie.

Il se fait tard. En attendant d'avoir le courage d'être moi-même, mieux vaut prévenir les remords, conclure ce billet et ouvrir un livre.


Source de l'image : Nikolay Dubovskoy. The Frosty Morning (1894)http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nikolay_Dubovskoy_Moroznoye_Utro_1894.jpg