dimanche 26 septembre 2010

Ma maladie honteuse


Pour alimenter mon blogue cette semaine, j’ai écrit trois billets, mais vous n’en lirez qu’un seul. Celui que j’ai été capable d’achever.

Ce matin, entre deux séries de levées latérales des bras modifiées, j’ai compris pourquoi j’étais incapable de me concentrer sur un seul sujet. En fait, je m’éparpille pour éviter d’aborder LE sujet qui m’obsède ces derniers jours. Celui du célibat, ma maladie honteuse.

Peut-être devrais-je exorciser mes angoisses de vieille fille en écrivant de la chick lit, mais trop de scrupules m'inhibent encore. J’ai donc décidé de vous livrer ma confession thérapeutique, si vous n’y voyez pas d’objection.

Un bilan chiffré prétrentaine

Mercredi dernier au gym (encore!), je laisse dériver mon regard jusqu’au téléviseur pendant que je reprends mon souffle. À l’écran, Gérald Fillion dresse le bilan des activités de la journée en bourse. La chronique économique m’inspire cet exercice: celui de dresser le bilan chiffré de ma vie.

28 ans. 18 années de scolarité. 11 années de colocation. 2 échecs amoureux. 0 enfant.

Évidemment, je ne peux pas réduire ma vie à ces tristes chiffres (j’aurais aussi pu satisfaire votre curiosité en ajoutant la somme de mes dettes d’études et le nombre d’hommes que j’ai fréquentés, mais je me garde une petite gêne). Néanmoins, en faisant cet exercice, j’ai compris que j’ai honte de mon style de vie de célibataire-à-l’aube-de-la-trentaine, pour ne pas dire que je le considère comme un échec.

La preuve : je cache mon célibat. Outre sur ce blogue (parce que nous sommes des amis intimes), vous ne trouverez aucun indice qui vous permettrait de le deviner. Mais mercredi dernier, je me dévoilais dans une publication sur Twitter, ce qui m’a valu, après coup, quelques sueurs froides et des reflux gastriques.

Des torchons et des guenilles

Je vous entends derrière mon écran : « T’es jeune! T’as encore le temps. Chaque torchon trouve sa guenille! » Bon. Vous êtes gentils, mais ces paroles ne m’apportent aucun réconfort. Elles me font même craindre le pire.

Avez-vous pensé à la possibilité (parce qu’elle existe) que ça ne fonctionne jamais? Et si tel était mon destin? Devenir une antithèse patronymique. Comme Suzanne Rouleau, caissière sans le sous. Roger Desbiens, entrepreneur en faillite. Véronique D’Amours, vieille fille flétrie et frustrée.

Ne vous inquiétez pas. J’ironise, mais je n’ai pas perdu espoir. Je me console en attendant mon Jules. Mieux vaut être seule que mal accompagnée.

Quand je n’arrive plus à m'en convaincre, je pense à la dernière conversation que j’ai eue avec mon amie Valérie. Mariée depuis l’âge de 20 ans et mère de trois enfants, elle comparait mes péripéties (télé)romanesques à celles des protagonistes de films de filles, genre Bridget Jones.

Ce soir-là, après m’avoir confié qu’elle adorait son mari et ses enfants, elle m’a confessé qu’elle enviait parfois ma liberté, mon style de vie sans contraintes ni responsabilités familiales.

Depuis, chaque fois que j’angoisse en pensant à ma vie affective qui ne va nulle part, je repense à Valérie qui est morte tragiquement à 27 ans. Et je me dis qu’au lieu de m’en plaindre, je devrais essayer d’en tirer le meilleur, pour elle.


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/kptyson/1973014382/in/photostream/

dimanche 19 septembre 2010

Soulagez votre ironie et soignez votre narcissisme en deux exercices faciles


En bouquinant mardi dernier, je me suis laissé séduire par Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles de Nicolas Langelier. J’étais intriguée : un livre de croissance personnelle publié chez Boréal. Inusité.

Dans la ligne devant la caisse, j’affichais un sourire frondeur en espérant que personne ne me reconnaisse. Moi, ex-prof de littérature/français, étais-je en train de nier toutes ces années de conditionnement universitaire élitiste? Pis encore, allais-je survivre à ce genre de lecture, moi qui ai en horreur le prêt-à-penser et encore plus leurs auteurs, prétendus détenteurs de vérité?

Après avoir parcouru les 10 premières pages en diagonale, j’ai refermé le livre, rassurée. Le titre est tout ironie: il s’agit d’un roman dont la forme s’inspire des livres de croissance personnelle. J’allais me délecter. Et me poser des questions.

L’ironie

En plus de me permettre d’apprendre sur la modernité et l’hypermodernité, cette lecture m’a donné matière à réfléchir sur ma propension naturelle à ironiser.

Dire le contraire de ce que je pense est un exercice intellectuel qui me grise. J’aime particulièrement quand mes proches me demandent « Es-tu ironique là? » après avoir affirmé, sans l’ombre d’un rictus, une énormité déshonorante.

Mais sous les apparences comiques de l’ironie, qu’est-ce que je tente de cacher? Des choses pas très à la mode comme ma sensibilité, mon romantisme fleur bleue, mon idéalisme, mon penchant pour les chansons quétaines.

Autrement dit, l'ironie est directement proportionnelle aux bons sentiments dissimulés sous la dérision.

    Exercice

    Vous rentrez d’une soirée. Votre prétendant a la gentillesse de vous reconduire à la maison. Il vous dit : « J’ai vraiment passé une bonne soirée. Ç’a passé vite. » Vous répondez : « Tu trouves? ». Après quelques secondes d’hésitation, il rit.

    Ça vous semble sain? Qu’est-ce que vous n’avez pas osé dire? Si vous aviez été lui, auriez-vous ri?


Le narcissisme

Un passage de ce livre a particulièrement retenu mon attention. Il s’agit d’un extrait de discussion avec Sébastien Charles, professeur de philosophie à l’Université de Sherbrooke et auteur de L’hypermoderne expliqué aux enfants.

« Nous vivons dans des sociétés qui survalorisent l’amour-propre. Je conçois qu’il soit normal de valoriser une personne, voire que cela soit nécessaire à l’épanouissement et à la confiance en soi de chaque individu, mais à trop vouloir insister sur la valorisation des individus, on les conduit à être dépendants de l’image narcissique qu’ils se font d’eux-mêmes, ce qui n’est pas nécessairement leur rendre service. »

Avez-vous l’habitude d’actualiser votre statut Facebook en utilisant la 3e personne? Êtes-vous du genre à écrire un calembour réfléchi sur MSN? À tenir un blogue? À donner votre opinion sur tout ce que vous avez lu, bu, vu, entendu, mangé, acheté, appris? Si oui, nous partageons ce point commun : nous sommes dépendants de l’image narcissique de nous-mêmes. Mais ne soyez pas triste : vous savez maintenant que vous n’êtes pas seul.

    Exercice

    Relisez vos 20 derniers statuts Facebook. Tentez maintenant de trouver le(s) trait(s) de votre personnalité (sens de l’humour, sensibilité, bon goût, courage, vertu, originalité, etc.) que vous mettez en valeur.

    Cette image vous plait-elle? Pourriez-vous écrire un statut qui viendrait l’altérer?


Ne vous donnez pas la peine de relire mes statuts Facebook (si l’idée vous était venue à l’esprit) pour découvrir les traits de ma personnalité que je veux mettre en évidence. Je vous les donne dans le mille : l’humour et l’intelligence.

J’ai commencé à apprivoiser cette facette de moi à la maitrise pendant que j’étudiais le concept d’ethos. Sans entrer dans des détails théoriques que j’ai mis une bonne année à oublier, je résumerai simplement l’ethos par la manière dont nous nous mettons en scène, particulièrement dans notre discours, à l’oral ou à l’écrit.

Maintenant, après avoir pris conscience de ma dépendance, comment m’en libérer? Malheureusement, le livre ne le dit pas. Malgré tout, je vous encourage à le lire. Dévorez-le, idéalement, d'une traite. Et parlez-en ensuite sur les réseaux sociaux. Même si vous aurez pris conscience de votre problème, vous sentirez l'obligation de donner votre appréciation. Non pas pour critiquer ou promouvoir l'œuvre, mais bien parce que vous êtes toujours dépendant de votre image d'intello à l'humour caustique.

Source de l'image : Michelangelo Merisi da Caravaggio or Caravaggio (1573–1610) http://commons.wikimedia.org/wiki/Galleria_Nazionale_d%27Arte_Antica




dimanche 12 septembre 2010

Les grains entiers


Mardi matin, après m’être demandé combien de Mini-wheats étaient contenus dans une pleine boite, j’ai réfléchi aux allures que prend ce blogue au fil des semaines. Et j’ai réalisé que mon style s’apparentait à celui des chroniques qu’on trouve dans les revues de filles (que j’achète uniquement pour les photos, soit dit en passant) quelque part entre l’horoscope et les tests du genre « Êtes-vous une croqueuse d’hommes? ».

Voilà : je donne dans le blogue qu’on lit quand on dispose de 10 minutes avant un rendez-vous ou, mieux, pendant une pause-pipi.

Dans ce billet, je pourrais vous expliquer les raisons qui m’ont amenée à prendre cette tangente. J’ai pensé me justifier en soulevant le fait que je suis de la génération Y, celle qui a grandi dans la crainte de se faire dévorer par des souliers mangeurs de camions et qui s’exerce depuis l’enfance à raconter son « je-me-moi » à tout-venant.

Pour ce billet, j’ai choisi d’aborder deux sujets d’actualité, au lieu de vous raconter mes trépidants (!) incidents bibliographiques, question de vous prouver que mon « je » givré possède aussi les avantages des grains entiers.

Le retour des Nordiques

Bon, je l’admets. Il y a quelques mois, je n’étais pas très chaude à l’idée qu’on construise un nouvel amphithéâtre à mes frais de contribuable-de-la-classe-moyenne pour accueillir une nouvelle équipe de la LNH. Mais, peu à peu, je me laisse gagner par l’enthousiasme des nombreux ex-futurs supporteurs des Nordiques qui, masochistes le samedi soir, se repassent en boucle le fameux but d’Alain Côté.

Pour tout dire, cette effervescence sportive me fait retrouver graduellement ma ferveur de groupie adolescente qui s’époumonait à crier, entre deux clopes, « Go Rorquals Go » dans les gradins de l’Aréna Bertrand-Lepage.

Et, je dois m’en confesser : je caresse toujours l’espoir de réaliser mon fantasme, tel qu’écrit à la page 33 de mon album de finissants. En effet, avec le retour d’une équipe de la LNH à Québec, mes probabilités de marier un joueur de hockey augmenteraient considérablement…

Le bulletin chiffré unique et la disparition des compétences transversales

L’actualité de ces dernières semaines a été marquée par la décision du MELS d’imposer un bulletin chiffré unique et par la disparition du terme « compétences transversales » dans les documents ministériels.

Je ne critiquerai pas ici ces décisions. Je tenterai plutôt de vous exprimer mon point de vue en utilisant cette analogie ingénue.

Imaginez que vous commencez une nouvelle diète (Renouveau pédagogique) pour améliorer votre condition physique (réussite scolaire). Malheureusement, en plus de ne pas être correctement préparé psychologiquement, vous manquez de temps et d’organisation. Dans ce contexte, même si vous avez une volonté de fer, vos chances de réussite sont plutôt minces…

Malgré tout, vous persévérez. Vous contenez tant bien que mal vos compulsions alimentaires (bulletin chiffré) et résistez à l’envie de céder à vos anciennes habitudes sédentaires (enseignement axé sur les connaissances).

Après tant d’efforts, vous viendrait-il à l’esprit de continuer votre diète, tout en réintégrant les Fruit Loops à votre alimentation et en augmentant le nombre d’heures que vous passez devant la télé?

Vous en conviendrez : certains compromis, incompatibles avec votre nouveau régime de vie, lui feraient perdre tout son sens... Alors, la prochaine fois que vous irez au supermarché, vous laisserez-vous tenter par les Fruit Loops ou mettrez-vous plutôt dans votre panier une boite de Mini-wheats?

Source de l'image : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/2/2b/Frosted_Mini_Wheats.PNG

dimanche 5 septembre 2010

R.E.S.P.E.C.T


Exaspérée. Oui. Vous avez bien lu. J’ai choisi « exaspérée » pour introduire ce billet qui porte, si l’on se fie au titre, sur le respect. Le R.E.S.P.E.C.T, prononcé à la Aretha Franklin dans son classique des karaokés, bientôt reconnu par la science pour ses qualités musicales parasitaires.

J’ai trop souvent excusé ces petites irrespectuosités communes que j’accumule de jour en jour. À additionner ces irritants aussi longtemps, il en fallait peu pour que la marmite explose, ce qui est arrivé hier en début de soirée, après une journée, comme vous le constaterez, particulièrement éprouvante.

Les tapageurs nocturnes


4 h. Mes voisines, complètement pactées, se racontent leur soirée – Jason n’est plus avec Cindy. Hein! Tu niaises! – en faisant claquer leurs talons et en gloussant comme se doivent des poulettes en minijupe.


Je vous l’accorde : j’habite dans un quartier propice au tapage nocturne aux abords d’un cégep. Mais faut-il toujours excuser la jeunesse? Et moi, à leur âge, est-ce que j’obligeais mes voisins à moitié endormis, à enfiler, au beau milieu de la nuit, des bouchons dans leurs oreilles?


Les tutoyeurs inconditionnels


9 h. Au supermarché


    La caissière : « Veux-tu des sacs ? »

    Moi : « Vous les tutoyez-tu tous, vos clients? »

J’ai beau avoir l’air sympathique et plutôt jeune, je ne comprends pas pourquoi je me fais tutoyer à tour de bras. Je suis comme ça, vieux jeu : j’y tiens, moi, au vouvoiement! Suis-je la seule jeune adulte à m’offusquer de cette marque de familiarité? Non mais, est-ce qu’on sait encore quand employer le vous de politesse en 2010? Ou a-t-on voté, à mon insu, une loi sur le tutoiement systématique?


Les conducteurs collés au gaz


11 h 43. Rue du séminaire. Je pose ma main sur le capot d’une Subaru Impreza noire.


    Moi (les yeux exorbités en pointant l’affiche lumineuse) : « Heille, Chhhhhhhhhhose, passage piétons! »

Un jour, je me ferai frapper par un automobiliste. C’est écrit dans le ciel. Statistiquement, chaque journée à laquelle je survis sans mon permis de conduire est une journée de plus pendant laquelle je cours le risque de me faire rouler sur le corps par un véhicule de plaisance…


Les poseurs de lapin


Vers 19 h 15. Dans ma boite de réception


    De Mec36 : « Pour ce soir on va devoir annuler ça je pense ben, j'suis rentré tard hier et j'suis vraiment scrap encore en ce moment. »

Hein? Attendez. Il faut que je relise.

(Déclamer ce passage sur un ton excédé) Quoi? Trop fatigué pour se pointer à un premier rendez-vous? Et il annule, là, alors que j’étais sur le point de partir pour ledit rendez-vous? Et si je n’avais pas relevé mes messages avant de quitter l’appart? J’aurais poireauté combien de temps avant de comprendre que je m’étais fait poser un lapin?

    À Mec36 : Mec, désolée, t’auras pas une deuxième chance de faire une première bonne impression. R.E.S.P.E.C.T!



Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/ktkatrina/495129832/sizes/s/