mercredi 8 octobre 2014

Le ralentissement


Source : Nancy Waldman sur Flickr
C'était en mai. Mon patron m’a appelée dans son bureau. « Les contrats n’entrent plus, m’a-t-il dit. On n’a plus de quoi t’occuper à temps plein... On va devoir te libérer ».

Me « libérer ». Dans ma tête, ça sonnait plutôt comme «éjecter», «répudier», «chômer».

Après le choc, je me suis dit que j'allais me revirer de bord. Les opportunités de travail n’ont jamais manqué depuis le début de ma carrière. Ce n’est qu’une question de jours, croyais-je.

Ce soir-là, j’ai écrit à la moitié de mes contacts professionnels. Je cherche du travail, si vous voyez passer quelque chose, écrivez-moi, merci. Le lendemain, j’écrivais à peu près la même chose à l’autre moitié. Tous m’ont répondu un truc sympa du genre : « Avec tes compétences et tes diplômes, tu vas trouver quelque chose RAPIDEMENT ».

Je croyais ça aussi. J’étais optimiste quand c’est arrivé, en mai.

Aujourd’hui, j’ai quatre longs mois d’expérience en chômage. C’est pas mal une des situations les plus difficiles que j’ai eu à vivre jusqu’à présent. Être rejetée du couple que je formais avec le travail.

Cet été, je me suis volontairement plongée dans un coma artificiel. Inutile de passer les journées de beau temps à chercher du travail puisque les affichages reprendront en septembre. Profitons plutôt de la tranquillité matinale des Plaines d’Abraham pour jaser philosophie avec les marmottes et les passereaux pétulants.

C’est ce que j’ai fait. J’ai profité de l’été. J’ai envoyé quelques CV pour des boulots intéressants. J’ai reçu deux appels. Je n’ai pas trouvé mon nouvel employeur, mais on m’a accordée une entrevue.

Jusqu’au début du mois d’aout, je ne m’inquiétais pas trop.

Mi-aout, de nouvelles offres sont parues. J'ai postulé. Mais pas d’entrevue.

En septembre, l’anxiété s’est pointée avec sa grosse face de Bonhomme Sept Heures. C’était la rentrée, mais la section «Jobs» de mon agrégateur est restée à peu près vide.

Fin septembre. Chants d’anges et carillons célestes!
Je trouve ENFIN une offre vraiment intéressante! Je m’empresse de partager mon enthousiasme sur Facebook.

J'ai repéré une offre d'emploi dans mes cordes ce matin. Ça m'a fait le même effet que quand tu reviens d'une date et que t'as le feeling que le gars va essayer d'attendre trois jours avant de te rappeler.


La déception est arrivée comme une déferlante trois jours plus tard. La date ne me rappellera pas. Elle ne me rappellera pas parce que depuis l’affichage de cette offre, l’employeur a reçu l’instruction de geler l’embauche. C’est ce que m’a appris un ancien collègue avec qui j’ai lunché ce jour-là.

Pas de bol. Où est donc passé mon futur employeur? Se peut-il qu’il ne m’aime déjà plus?

Mon futur employeur m'aime encore, mais il est compressé. Il est ralenti. Il vit sous le règne de l’austérité. À la télé, un docteur barbu essaye de me convaincre que c’est bon pour nous, collectivement. Mais je vous assure que ce n’est pas bon pour moi, personnellement.

Je suis anxieuse et je m’ennuie. J’ai peur de ne pas retrouver d’emploi avant la fin de ma période de prestations d’assurance-emploi. Je m’ennuie d'avoir des collègues, des dossiers à régler, des 5 à 7, des clients à rappeler. Je m’ennuie d'être dans le jus. Je m'ennuie d'être utile à la société.

Je sais. Vous m’avez déjà entendu me plaindre que je manquais de temps. Avec le recul, je comprends que dans ce temps-là, j’étais heureuse.

Chômer, c’est loin d’être le fun. Beaucoup de temps libre et pas une cenne. C’est même pire que ça: beaucoup de temps libre, pas une cenne ET de l’inquiétude en masse. Parce que tu ne sais pas QUAND tu auras ta prochaine paye. Alors, tu ne touches pas à tes économies (lire « ta mise de fonds ») au cas où tu en aurais besoin. Tu te rassures en te disant que tu vas pouvoir vivre une couple de mois avec ces sous-là, une fois que tu n’auras plus droit au chômage, parce que l’idée de te trouver une jobbine plate pour rembourser tes dettes d’études (qui devaient t’assurer une carrière qui a de l’allure) et payer ton loyer te donne envie de te défenestrer.

Malgré ce que certains en pensent, chômer, c’est pas reposant. C’est scruter frénétiquement les listes d’emplois des principaux sites de recherche. C’est être frustrée parce que tu ne trouves RIEN. C’est être déçue. C’est avoir envie de pleurer dans l’allée des pâtes à l’épicerie. C’est essayer de te convaincre que ce que tu vis est temporaire et que tu ne dois surtout pas penser que c’est un ÉCHEC.

C’est garder le moral en te rattachant à ton train-train : gym, bouffe, dodo. C’est cuisiner de nouvelles affaires avec des spéciaux de circulaires. C’est ré-ré-réécrire ton CV, c’est te trouver un peu drôle quand tu t’habilles propre pour sortir ton recyclage, c’est halluciner que ton téléphone sonne…

Mais il ne sonne pas. Alors, tu te permets de te sentir impuissante et de pleurer un peu.

En attendant que le marché du travail te désire à nouveau, tu te considères chanceuse d’être en santé, d’avoir un toit, une famille aimante, de puiser du réconfort là où des amis te tendent un verre de blanc. 

Et tous les jours, dans cette lenteur imposée, tu t’efforces d’avancer péniblement vers la lumière, comme pour t’extirper d’un grand trou noir en te hissant sur des fils de soie.

***

Je vous suis reconnaissante de me faire connaitre toute offre d'emploi susceptible de m'intéresser à Québec ou à Montréal.

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Vous pouvez me joindre à cette adresse : veronique.damours@gmail.com

1 commentaire:

  1. Chère Véronique, le chèque de paie est parti au chômage, mais ton cerveau est encore pétant d'imagination. Tu écris très bien. Je partage ton anxiété et je te souhaite que la disette finisse au plus c***. G.

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