samedi 13 septembre 2014

Une psychose parentale vue d'une nullipare

Je suis allée à la pharmacie cet après-midi. Je me dirigeais vers le rayon des produits ménagers quand je me suis arrêtée net.

Devant moi, un étalage de lutins.
Des lutins de Noël.

ON EST EN SEPTEMBRE!

L’Halloween n’est même pas encore passée. Sacrez-moi patience avec ces affaires épeurantes-là!

Je suis ressortie de la pharmacie les mains vides, essoufflée comme si j’avais fui un congrès de scientologues.

Chers parents qui avez participé l'an dernier au délire de la chasse aux lutins, sachez que je vous juge. Je vous juge aussi sur d'autres affaires, mais beaucoup beaucoup là-dessus.

Comment autant d'adultes (sains d'esprit) ont pu choisir de joindre cette conspiration saugrenue? Elle est pourtant loin l'époque où tout le monde dans la cours de récréation capotait sur les Trolls... C'est quoi cette psychose parentale collective au Québec à Noël?

Vous trouverez sans doute ce billet provocateur. Vous pouvez me donner une volée de bois vert dans la section commentaire. Vous pouvez me chanter : « Tu comprendras quand t'auras des enfants. ». Je n'y verrai pas d'offense.

Qui a le droit?


J’ai été vraiment triste, à 4-5 ans, de comprendre que le Père-Noël n’existait pas. Ça m’arrive encore d’être triste en pensant que la «magie de Noël», c’est aussi vrai que l'histoire de Cendrillon ou que des promesses électorales.

Je ne crois pas qu’on devrait faire croire quoi que ce soit à des enfants quand on sait nous, adultes, que ça n’existe pas. Je sais que vous n’êtes pas d’accord avec moi. Mais c’est correct, je comprends votre point de vue.

Raconter à un enfant que le père Noël existe, c’est le décevoir plus tard à coup sûr. Et c’est le décevoir deux fois plutôt qu’une quand vous inventez des scénarios de lutins qui prennent vie la nuit pour fabriquer des cadeaux du Toys’R’us. 

Non, je ne suis pas le Grinch. Je veux bien tenir ma langue et ne pas révéler à vos enfants que l’histoire du père Noël et tout le tralala, c’est comme un film de Disney. Mais je vous le demande : ne m’imposez pas de jouer le jeu. Le jeu socialement accepté qui consiste à conforter votre enfant dans ce que vous avez choisi de lui faire croire et auquel je ne veux pas m'associer.

« Pourquoi ce cadeau-là, il vient de matante Véro et que les autres viennent du Père-Noël? »

Pourquoi, hein?

L'âge de raison


Je sais que passé un certain âge (6-7 ans), les enfants savent que dans la vie, les autos ne parlent pas comme Flash McQueen. S’ils vous questionnent au sujet de l’existence du père Noël, c’est peut-être qu’ils mettent en doute leur croyance.

Ils ont confiance en vous. Ils s'attendent à ce que vous leur disiez la vérité, même au risque d'être tristou.

S'ils vous posent la question, ça m’apparait le bon moment pour leur révéler la chose, puisque vous devez un jour leur dire que vous leur avez menti c’est une belle histoire que vous leur avez racontée pour «voir briller la magie de Noël dans leurs yeux».

Pourtant, je sais que certains d’entre vous persistent, aussi longtemps que possible, à leur faire avaler ce bobard.

Pourquoi, hein?
À qui ça fait le plus plaisir de concevoir des mises en scène extravagantes de lutins?

Chaque décembre, je me dis que Freud, il doit se coincer le sciatique à se retourner aussi souvent dans sa tombe.

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Je vous suggère la lecture de ce truculent article du Navet Surpopulation de lutins de Noël : Québec délivre des permis de chasse à la carabine.


Source de l'image : Gourmando rédige une missive de Martine Gingras

mercredi 3 septembre 2014

Le vélo

Source de l'image : Rodrigo David sur Flickr
Je fais ce rêve récurrent depuis quelques années. J’enfourche un vélo et je pédale jusqu’au pont Laporte. Je le traverse de peine et de misère et, rendue sur la 20, je choisis de rouler vers l’est, dans le même sens que le courant du Saint-Laurent. Je ne sais pas où je m’en vais ni pourquoi, mais je sais que c’est ce qu’il faut que je fasse, que je roule vers l’est, dans mon rêve.

Je me l'explique facilement. C'est un désir de revenir aux sources, à mes Trois-Pistoles natales, à ma famille. Je fais la route à bicyclette parce que je n’ai pas de permis de conduire et que j’aime ça, me propulser par mes propres moyens.

J’ai toujours aimé faire du vélo. À défaut d’en avoir encore un, je fais du vélo stationnaire trois fois par semaine au gym. Bon, ce n’est pas aussi exaltant de pédaler devant un écran de télé que sur le bord du fleuve, mais quand je ferme les yeux, je peux voir la route s’étirer devant moi, sentir le vent sur mon visage et, parfois, les défauts de l’asphalte sous mes pneus.

J’ai beaucoup d’imagination.

Sur mon vélo stationnaire, j’ai beaucoup d’imagination et beaucoup de questions sans réponses. 

Que dois-je faire? Où trouverai-je à nouveau un job steady? Quand? Ai-je fait de bons choix? Qu’est-ce que la vie attend de moi? Pourquoi m’arrive-t-il tout ce qu’il m’arrive depuis un an?

J’ai eu une année difficile.
Je cherche, je veux des réponses.

La semaine dernière, en pédalant au gym, j’ai compris quelque chose. J’ai fermé les yeux, quelques secondes, comme d’habitude. J’ai vu la route s’étirer devant, j’ai senti le vent sur mon visage et les défauts de l’asphalte sous mes pneus, comme d’habitude. Et puis là, j’ai vu le pont Laporte, un panneau routier.

Ouest. Montréal.

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