vendredi 10 octobre 2014

La belle grisonnante

Source : Axel Drainville sur Flickr
Quand j’étais enfant, mon père blaguait : « À Trois-Pistoles, y’a maintenant plus de monde au cimetière que dans la ville. » 

Mon père a connu sa ville (et non village) sous ses plus beaux atours. Dans les années 1960, Trois-Pistoles était une ville jeune et dynamique. Si bien que dans les années 1970, pour répondre à la croissance démographique, on a construit la polyvalente qui pouvait accueillir jusqu’à 1600 élèves de la MRC.

Ma mère, originaire de Sainte-Françoise, y a suivi son « cours commercial ». Quand elle a obtenu son diplôme, elle s’est établi à Trois-Pistoles pour y trouver du travail. « Dans les années 1980, si tu n’avais pas les conditions que tu souhaitais chez un employeur, tu en trouvais un autre prêt à te les offrir le lendemain. »

Il faut dire qu’à l’époque, les citoyens de la MRC avaient l’embarras du choix. Des entreprises importantes comme Transport Théberge, Martin-Martin, Pepsi-Cola, Distribution Paul-Émile Dubé et Purdel - pour ne nommer que celles-là - embauchaient des centaines, peut-être des milliers - de travailleurs.

Aujourd’hui, toutes ces entreprises sont fermées ou déménagées. Et la polyvalente accueille maintenant 300 élèves chaque année.

Je suis née à Trois-Pistoles. Je vis à Québec depuis 13 ans. 

En 2009, un collègue originaire du Témiscouata m'a appris que les Basques était la MRC la plus vieille de la province. Je n'étais pas bien étonnée. Quand tu viens d’une ville où on a fermé une école primaire alors qu’on bâtissait des résidences pour personnes âgées, tu grandis avec l’idée que c’est dans l’ordre des choses, qu’une ville (se) construise pour ses vieux.

Au fil des années, Trois-Pistoles a vu sa population décroitre. Des familles sont déménagées là où il y avait du travail. Mon père se souvient : « En 1965, l'affiche à l'entrée de la ville indiquait 6 000 habitants ». Aujourd’hui, on y lirait « 3 500 ».

Mes parents ont choisi de rester à Trois-Pistoles. Mais au tournant des années 2000, ils ont eu peine à trouver des emplois intéressants. Étant donné l’offre restreinte d’emplois, ils sont retournés sur les bancs de l'école professionnelle pour mettre toutes les chances de leur côté. 

Mon père travaille aujourd'hui à Rivière-du-Loup, ma mère dans un CHLSD à Trois-Pistoles. Selon eux, plusieurs jeunes sont contraints de «voyager» chaque jour pour se rendre au travail à Rivière-du-Loup, Rimouski et Saint-Cyprien.

Mais tout n’est pas gris dans la patrie de VLB. De jeunes adultes sont venus ou revenus s’y établir - après avoir vécu «en ville» - avec la volonté de la vivifier avec des projets comme l’Écho Fête (qui a convié 7000 festivaliers cette année, soit environ le double de la population locale) et les activités culturelles de la Forge à Bérubé.

Sébastien Rioux est l’un de ceux qui donne vie à ces nouvelles initiatives. Il se réjouit de voir de « nouveaux arrivants » s’installer dans sa ville. « Dans l’équipe de la Forge, il y a un gars qui est un éclairagiste du Cirque du Soleil. Il est déménagé à Trois-Pistoles il y a 5 ou 6 ans. »

Je salue la persévérance et le courage de ces personnes qui oeuvrent à changer les choses dans cette municipalité qui a la réputation d’être conservatrice, au sens strict du terme.

J’aime la ville qui m’a vue grandir, profondément. Quand l’air du fleuve me manque, j'y retourne respirer ses effluves quelques jours pour faire le plein. Je vais et je viens comme une touriste nostalgique.

Et quand on me pose la question à savoir si je pense m'y établir un jour, je réponds, sourire en coin : « Peut-être, quand je serai vieille… »

mercredi 8 octobre 2014

Le ralentissement


Source : Nancy Waldman sur Flickr
C'était en mai. Mon patron m’a appelée dans son bureau. « Les contrats n’entrent plus, m’a-t-il dit. On n’a plus de quoi t’occuper à temps plein... On va devoir te libérer ».

Me « libérer ». Dans ma tête, ça sonnait plutôt comme «éjecter», «répudier», «chômer».

Après le choc, je me suis dit que j'allais me revirer de bord. Les opportunités de travail n’ont jamais manqué depuis le début de ma carrière. Ce n’est qu’une question de jours, croyais-je.

Ce soir-là, j’ai écrit à la moitié de mes contacts professionnels. Je cherche du travail, si vous voyez passer quelque chose, écrivez-moi, merci. Le lendemain, j’écrivais à peu près la même chose à l’autre moitié. Tous m’ont répondu un truc sympa du genre : « Avec tes compétences et tes diplômes, tu vas trouver quelque chose RAPIDEMENT ».

Je croyais ça aussi. J’étais optimiste quand c’est arrivé, en mai.

Aujourd’hui, j’ai quatre longs mois d’expérience en chômage. C’est pas mal une des situations les plus difficiles que j’ai eu à vivre jusqu’à présent. Être rejetée du couple que je formais avec le travail.

Cet été, je me suis volontairement plongée dans un coma artificiel. Inutile de passer les journées de beau temps à chercher du travail puisque les affichages reprendront en septembre. Profitons plutôt de la tranquillité matinale des Plaines d’Abraham pour jaser philosophie avec les marmottes et les passereaux pétulants.

C’est ce que j’ai fait. J’ai profité de l’été. J’ai envoyé quelques CV pour des boulots intéressants. J’ai reçu deux appels. Je n’ai pas trouvé mon nouvel employeur, mais on m’a accordée une entrevue.

Jusqu’au début du mois d’aout, je ne m’inquiétais pas trop.

Mi-aout, de nouvelles offres sont parues. J'ai postulé. Mais pas d’entrevue.

En septembre, l’anxiété s’est pointée avec sa grosse face de Bonhomme Sept Heures. C’était la rentrée, mais la section «Jobs» de mon agrégateur est restée à peu près vide.

Fin septembre. Chants d’anges et carillons célestes!
Je trouve ENFIN une offre vraiment intéressante! Je m’empresse de partager mon enthousiasme sur Facebook.

J'ai repéré une offre d'emploi dans mes cordes ce matin. Ça m'a fait le même effet que quand tu reviens d'une date et que t'as le feeling que le gars va essayer d'attendre trois jours avant de te rappeler.


La déception est arrivée comme une déferlante trois jours plus tard. La date ne me rappellera pas. Elle ne me rappellera pas parce que depuis l’affichage de cette offre, l’employeur a reçu l’instruction de geler l’embauche. C’est ce que m’a appris un ancien collègue avec qui j’ai lunché ce jour-là.

Pas de bol. Où est donc passé mon futur employeur? Se peut-il qu’il ne m’aime déjà plus?

Mon futur employeur m'aime encore, mais il est compressé. Il est ralenti. Il vit sous le règne de l’austérité. À la télé, un docteur barbu essaye de me convaincre que c’est bon pour nous, collectivement. Mais je vous assure que ce n’est pas bon pour moi, personnellement.

Je suis anxieuse et je m’ennuie. J’ai peur de ne pas retrouver d’emploi avant la fin de ma période de prestations d’assurance-emploi. Je m’ennuie d'avoir des collègues, des dossiers à régler, des 5 à 7, des clients à rappeler. Je m’ennuie d'être dans le jus. Je m'ennuie d'être utile à la société.

Je sais. Vous m’avez déjà entendu me plaindre que je manquais de temps. Avec le recul, je comprends que dans ce temps-là, j’étais heureuse.

Chômer, c’est loin d’être le fun. Beaucoup de temps libre et pas une cenne. C’est même pire que ça: beaucoup de temps libre, pas une cenne ET de l’inquiétude en masse. Parce que tu ne sais pas QUAND tu auras ta prochaine paye. Alors, tu ne touches pas à tes économies (lire « ta mise de fonds ») au cas où tu en aurais besoin. Tu te rassures en te disant que tu vas pouvoir vivre une couple de mois avec ces sous-là, une fois que tu n’auras plus droit au chômage, parce que l’idée de te trouver une jobbine plate pour rembourser tes dettes d’études (qui devaient t’assurer une carrière qui a de l’allure) et payer ton loyer te donne envie de te défenestrer.

Malgré ce que certains en pensent, chômer, c’est pas reposant. C’est scruter frénétiquement les listes d’emplois des principaux sites de recherche. C’est être frustrée parce que tu ne trouves RIEN. C’est être déçue. C’est avoir envie de pleurer dans l’allée des pâtes à l’épicerie. C’est essayer de te convaincre que ce que tu vis est temporaire et que tu ne dois surtout pas penser que c’est un ÉCHEC.

C’est garder le moral en te rattachant à ton train-train : gym, bouffe, dodo. C’est cuisiner de nouvelles affaires avec des spéciaux de circulaires. C’est ré-ré-réécrire ton CV, c’est te trouver un peu drôle quand tu t’habilles propre pour sortir ton recyclage, c’est halluciner que ton téléphone sonne…

Mais il ne sonne pas. Alors, tu te permets de te sentir impuissante et de pleurer un peu.

En attendant que le marché du travail te désire à nouveau, tu te considères chanceuse d’être en santé, d’avoir un toit, une famille aimante, de puiser du réconfort là où des amis te tendent un verre de blanc. 

Et tous les jours, dans cette lenteur imposée, tu t’efforces d’avancer péniblement vers la lumière, comme pour t’extirper d’un grand trou noir en te hissant sur des fils de soie.

***

Je vous suis reconnaissante de me faire connaitre toute offre d'emploi susceptible de m'intéresser à Québec ou à Montréal.

LinkedIn : ca.linkedin.com/in/veroniquedamours/
About.me : about.me/veronique.damours

Vous pouvez me joindre à cette adresse : veronique.damours@gmail.com

samedi 13 septembre 2014

Une psychose parentale vue d'une nullipare

Je suis allée à la pharmacie cet après-midi. Je me dirigeais vers le rayon des produits ménagers quand je me suis arrêtée net.

Devant moi, un étalage de lutins.
Des lutins de Noël.

ON EST EN SEPTEMBRE!

L’Halloween n’est même pas encore passée. Sacrez-moi patience avec ces affaires épeurantes-là!

Je suis ressortie de la pharmacie les mains vides, essoufflée comme si j’avais fui un congrès de scientologues.

Chers parents qui avez participé l'an dernier au délire de la chasse aux lutins, sachez que je vous juge. Je vous juge aussi sur d'autres affaires, mais beaucoup beaucoup là-dessus.

Comment autant d'adultes (sains d'esprit) ont pu choisir de joindre cette conspiration saugrenue? Elle est pourtant loin l'époque où tout le monde dans la cours de récréation capotait sur les Trolls... C'est quoi cette psychose parentale collective au Québec à Noël?

Vous trouverez sans doute ce billet provocateur. Vous pouvez me donner une volée de bois vert dans la section commentaire. Vous pouvez me chanter : « Tu comprendras quand t'auras des enfants. ». Je n'y verrai pas d'offense.

Qui a le droit?


J’ai été vraiment triste, à 4-5 ans, de comprendre que le Père-Noël n’existait pas. Ça m’arrive encore d’être triste en pensant que la «magie de Noël», c’est aussi vrai que l'histoire de Cendrillon ou que des promesses électorales.

Je ne crois pas qu’on devrait faire croire quoi que ce soit à des enfants quand on sait nous, adultes, que ça n’existe pas. Je sais que vous n’êtes pas d’accord avec moi. Mais c’est correct, je comprends votre point de vue.

Raconter à un enfant que le père Noël existe, c’est le décevoir plus tard à coup sûr. Et c’est le décevoir deux fois plutôt qu’une quand vous inventez des scénarios de lutins qui prennent vie la nuit pour fabriquer des cadeaux du Toys’R’us. 

Non, je ne suis pas le Grinch. Je veux bien tenir ma langue et ne pas révéler à vos enfants que l’histoire du père Noël et tout le tralala, c’est comme un film de Disney. Mais je vous le demande : ne m’imposez pas de jouer le jeu. Le jeu socialement accepté qui consiste à conforter votre enfant dans ce que vous avez choisi de lui faire croire et auquel je ne veux pas m'associer.

« Pourquoi ce cadeau-là, il vient de matante Véro et que les autres viennent du Père-Noël? »

Pourquoi, hein?

L'âge de raison


Je sais que passé un certain âge (6-7 ans), les enfants savent que dans la vie, les autos ne parlent pas comme Flash McQueen. S’ils vous questionnent au sujet de l’existence du père Noël, c’est peut-être qu’ils mettent en doute leur croyance.

Ils ont confiance en vous. Ils s'attendent à ce que vous leur disiez la vérité, même au risque d'être tristou.

S'ils vous posent la question, ça m’apparait le bon moment pour leur révéler la chose, puisque vous devez un jour leur dire que vous leur avez menti c’est une belle histoire que vous leur avez racontée pour «voir briller la magie de Noël dans leurs yeux».

Pourtant, je sais que certains d’entre vous persistent, aussi longtemps que possible, à leur faire avaler ce bobard.

Pourquoi, hein?
À qui ça fait le plus plaisir de concevoir des mises en scène extravagantes de lutins?

Chaque décembre, je me dis que Freud, il doit se coincer le sciatique à se retourner aussi souvent dans sa tombe.

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Je vous suggère la lecture de ce truculent article du Navet Surpopulation de lutins de Noël : Québec délivre des permis de chasse à la carabine.


Source de l'image : Gourmando rédige une missive de Martine Gingras

mercredi 3 septembre 2014

Le vélo

Source de l'image : Rodrigo David sur Flickr
Je fais ce rêve récurrent depuis quelques années. J’enfourche un vélo et je pédale jusqu’au pont Laporte. Je le traverse de peine et de misère et, rendue sur la 20, je choisis de rouler vers l’est, dans le même sens que le courant du Saint-Laurent. Je ne sais pas où je m’en vais ni pourquoi, mais je sais que c’est ce qu’il faut que je fasse, que je roule vers l’est, dans mon rêve.

Je me l'explique facilement. C'est un désir de revenir aux sources, à mes Trois-Pistoles natales, à ma famille. Je fais la route à bicyclette parce que je n’ai pas de permis de conduire et que j’aime ça, me propulser par mes propres moyens.

J’ai toujours aimé faire du vélo. À défaut d’en avoir encore un, je fais du vélo stationnaire trois fois par semaine au gym. Bon, ce n’est pas aussi exaltant de pédaler devant un écran de télé que sur le bord du fleuve, mais quand je ferme les yeux, je peux voir la route s’étirer devant moi, sentir le vent sur mon visage et, parfois, les défauts de l’asphalte sous mes pneus.

J’ai beaucoup d’imagination.

Sur mon vélo stationnaire, j’ai beaucoup d’imagination et beaucoup de questions sans réponses. 

Que dois-je faire? Où trouverai-je à nouveau un job steady? Quand? Ai-je fait de bons choix? Qu’est-ce que la vie attend de moi? Pourquoi m’arrive-t-il tout ce qu’il m’arrive depuis un an?

J’ai eu une année difficile.
Je cherche, je veux des réponses.

La semaine dernière, en pédalant au gym, j’ai compris quelque chose. J’ai fermé les yeux, quelques secondes, comme d’habitude. J’ai vu la route s’étirer devant, j’ai senti le vent sur mon visage et les défauts de l’asphalte sous mes pneus, comme d’habitude. Et puis là, j’ai vu le pont Laporte, un panneau routier.

Ouest. Montréal.

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vendredi 1 août 2014

Le naturel | Spécial date

Source : Laurence Vagner sur Flickr
Avertissement, ce billet s'adresse à des personnes âgées de 18 ans et plus ... sauf mes parents.

Deuxième date avec un gars cute limite macho. On sirote une bouteille de vin au salon. On jase de tout et de rien jusqu'à ce qu'il pose une question out of the blue.

«
- Tu prends-tu la pilule?
- Euh. On est-tu rendus-là?
- Je mets pas de capote.
- Pourquoi?
- Parce que c'est pas naturel.
- Ça existe, des capotes naturelles. Y'en a en tripes de mouton.
- Non. Je veux dire que c'est pas naturel, venir dans une capote.
- Dans ce cas-là, j'imagine que tu ne viens pas non plus dans des kleenex, c'est pas très naturel...
- Non, y'a rien qui sort de là (en pointant sa fourche) tant que ça peut pas aller là où la nature veut que ça aille.
- Je vois... [Ok bye!]»

Le cambriolé | Spécial date

Source : Gloved Agent sur Flick
Si vous avez déjà été actif(ve) sur un site de rencontre, vous avez sûrement réalisé combien c'était un gobe-temps insoupçonné.

- Allo! Tu fais quoi dans la vie?
- Je suis entrepreneur.
- Ah oui?
- Dans quel coin?
- Sur la Rive-Sud. Et toi, tu fais quoi?
- Je suis analyste d'affaires.
- Ah oui? Ça fait quoi, ça, une analyste d'affaires?

Une heure de chat plus tard.

- J'ai trois chats, un chien, deux lapins et un poney. C'est comme mes enfants.
- Je suis fuuuuuull allergique aux animaux.
- Ah... Je peux pas imaginer ma vie avec quelqu'un qui ne voudrait pas vivre avec moi parce que j'ai des animaux.
- Ok. Bye.

Je suis de celles qui pensent dater rapidement, c'est la meilleure façon d'économiser son temps. C'est pourquoi j'ai accepté de rencontrer M. au chic Normandin pas loin d'où j'habitais quand j'étais une jeune étudiante (insouciante).

- Salut M!
- Wow. Tu portes le même chemiser noir que sur ta photo de profil.
- T'es observateur! C'est rare que les gars remarquent le linge.
- J'aime bien ces chemisiers de chez Jacob. J'en ai achetés trois pareils à mon ex.
- [perplexe] Ah oui? En quel honneur?
- Quand elle mettait ça, on jouait au voleur.
- Au voleur?
- Ouais. Elle rentrait par effraction par la fenêtre de ma chambre. Je la jetais contre le mur pour ne plus qu'elle bouge. Et là je la fouillais en la traitant de sale petite voleuse.
- Okaaaaaay...
- As-tu des gants de cuir? On va chez toi et on joue si tu veux. 

Et là je me suis dit que ça vaudrait peut-être la peine de poser plus de questions avant de rencontrer un gars, si je me remettais un jour de cette date-là.

Le Roumain | Spécial date

Source : Hans Splinter sur Flickr 
Je rencontre un gars d’origine roumaine sur un site. Il me propose un rendez-vous devant un comptoir de gelatto, le samedi suivant. J’accepte.

Le matin du rendez-vous, il fait pas chaud. Le genre de matin de septembre où tu te demandes si tu seras la seule à avoir mis tes mitaines. Je le rejoins au lieu convenu à 11 h.

On se reconnait. Il est pas moche. Il m’offre un gros cornet. Je lui dis que j’ai déjà le cerveau gelé juste à l’idée de manger de la crème glacée. Ça faisait de la petite boucane quand je parlais. Je lui propose d’aller à la brûlerie. Il me répond, effarouché : « Ouain, ça commence bien, c’est déjà toi qui mènes… »

À ce moment-là, j’avais déjà décidé que ce serait notre unique date. Mais au lieu de prendre mes jambes à mon cou, je commande un café. Je le lui tends : « Tiens, ton café ce matin t’est offert par une féministe. »

On s’assoit. Le gars jase, jase et jase encore d’affaires plates. De char, de Costco, de hockey. Je chante des chansons dans ma tête pour enterrer ce qu’il dit. Et là j’entends : « J’ai plein de sacs à main à la maison. Si tu veux, je t’en donne un. »

Je sors subitement de mon autohypnose. « Hein? »

Il me dit que c’est juste une joke, une joke de Roumain. Il parait que ce sont des voleurs, les Roumains. « Hé bien. Merci de m’avoir donné un nouveau préjugé », que je lui réponds.

Je décide de mettre fin à mes souffrances en prétextant un rhume imminent. Visiblement, il n’a pas compris : il me demande si j’aime les hot dogs.

«
- Euh, je n’en mange pas vraiment…
- La prochaine fois, je t’amène là où ils servent les meilleurs hot dogs au monde.
- Où ça?
- Chez Costco! »