dimanche 26 août 2012

Cendrillon et bottes de cuir


Source de l'image : only alice
Hier, 23 h. Après avoir félicité la mariée, je trouve dehors Jean-Michel, un sympathique barbu qui pompe une clope devant la salle de réception. On cause en attendant mon taxi. On a fait connaissance une heure plus tôt : sans doute jugeait-il cela suffisant pour me livrer ses inquiétudes conjugales entre deux anneaux de boucane.

« - J’ai l’impression que ma blonde va se mettre à me parler de mariage cette semaine. Tsé, l’affaire de filles. La robe, le party, pis toute.

- Ouin, ben on nous brainstorm (sic) - j’avais quand même 3 gin tonic derrière la cravate - avec le trip de princesse depuis l’enfance. Cendrillon et compagnie. Depuis tantôt, je fixe le diadème de la mariée pis j’ai envie d’en porter un. Bâtard. »

Je suis admirative devant ceux qui, attirés par le vide, choisissent de faire le grand saut avec pas de parachute. Je les trouve courageux, pour ne pas dire téméraires, d'avoir écouté cette « voix du vide au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte ».

Le grand vertige, c'est pas mon truc. Je me rends à l'évidence. L’idée d’échouer un mariage m’est aussi peu inspirante que celle de finir écrapoutie, les dents et la matière grise éparpillées dans une foule qui me regardait, quelques secondes plus tôt, m'essayer à marcher sur un fil de fer.

Quand j'entends les murmures envoutants du vide, je m'insère une banane dans l'oreille. Gna gna gna gna gna gnaaaa.

Rouge couleur passion

Au début de l’été, j’ai rencontré une personne qui a donné un bon coup de pied au cul de ma réflexion sur la passion. Pour lui, l’amour est un « feu d’artifice qui explose toute une vie », un beau pétard plein de chimie qui dessine dans le ciel une danse de boules de couleur.

L’image est poétique. Mais réaliste?

Vous avez déjà été foudroyés par le coup de foudre? Ça vous a fait mal? Portait-il une cravache et des bottes de cuir? Passion, du latin passio signifiant «souffrir» ou «endurer».

La dernière fois que j’ai vu la passion s’embraser, ça a fait bang. Un gros nuage de boucane. Et puis j’ai entendu le plouc d’un pétard mouillé. Ayoye.

Je ne crois pas au coup de foudre éternel, à la symbiose spontanée qui nait entre deux personnes « faites l’une pour l’autre » et qui s’envoient en l’air pour les siècles des siècles amen.

Ma sœur et une amie me rappelaient dernièrement qu’on a souvent tort de convoiter l’apparent bonheur des couples qu'on connait. Certains sont réellement heureux. Le vôtre, d'accord. Mais d'autres, peut-être plus nombreux qu'on l'imagine, s’effritent de l’intérieur, implosent tranquillement, dans l’indifférence. La leur et celle de leur entourage. On connait tous des couples qui s’endurent ou se contentent d’être ensemble, craignant le célibat, de se perdre dans un labyrinthe juridique, de ne plus être capable de poser une tablette ou de trier sa lessive.

Pas facile l’amour. Encore moins quand la passion s’évapore.

Plein de tendresse

Si je ne crois pas au « feu d’artifice qui explose toute une vie », je crois en revanche aux relations de tendresse durable, celles dont un fait naitre une flamme précieuse qu’on entretient, qu’on avive avec entrain et qu’on fait parfois renaitre de la braise.

(Oh là. Franchement. Le cliché. Ça fait feux de l'amour. Quoi d'autre. Voilà. L’amour est un jardin... Ok, j’abandonne.)

Je crois en l’engagement de deux personnes l’une envers l’autre. Mais dire « Oui je le veux » une seule fois et pour toute la vie, est-ce bien sage?

J’ai adopté la conception de l’amour de ma blanche amie Lucette. Aimer, c’est faire le choix de l’autre chaque jour. Pour ça, pas besoin de se doter d'un grand jour. Ni de magasiner un smoking déjà-porté ou de perdre 5 kilos pour entrer dans sa robe de satin blanc touidididididi de dédédé.

Certains y verront le désir de ménager la chèvre et le chou. Être à la fois libre et en couple, vraiment? À mes yeux, ça n’a rien à voir avec le libertinage. Pensons-y : réitérer sa flamme au quotidien, n'est-ce pas l'engagement le plus manifeste? Le plus tendre et le plus rassurant?

Moi, je voudrais bien que mon Jules, dans son smoking d’Adam, me souffle de sa matinale haleine :

« Chérie, aujourd’hui, je TE veux. Regarde dans le premier tiroir de ta table de chevet. J't'ai acheté un diadème qui fitte avec ta nuisette en satin.  »