lundi 23 mai 2011

La gauche et la droite


« Tes textes sont bons, mais t’as tendance à sur-écrire. »

Ma sœur Geneviève. Coiffeuse culturée. De n’importe qui d’autre, cette critique très juste aurait été suivie d’une savante réplique du genre « Oui mais + [insérez ici une défaite]. » Mais j’ai plutôt répondu : « Ouais, je sais. »

Experte de mes angoisses capillaires jusqu’au tréfonds, ma sœur n’allait avaler aucune tentative de justification, aussi originale soit-elle. À m’observer les fosses abyssales du Ça depuis bientôt 27 ans, elle me connait par cœur. Parfois mieux que moi-même.

Sur la photo, c’est elle. Jolie, n’est-ce pas? Geneviève est ma cadette de deux ans, ma première cadette parce que nous avons une autre sœur plus jeune, Caroline.

Vous trouvez qu’elle me ressemble? Un peu. On a des airs de famille. Forme du visage, sourcils, regard. Les personnes qui nous connaissent bien toutes les deux vous diront que sur le plan de la personnalité, nous sommes aussi semblables que différentes.

Pour nos parents, nous avons une identité commune : Véroggggeneviève, Geneeevéronique ou, plus simplement, les filles.

On nous a confondues et débaptisées l’une et l’autre encore. Et encore. Étant donné notre petit écart d’âge, notre pragmatique maman nous achetait souvent le même kit, mais d’une couleur différente, ce qui alimentait l’ambigüité. « C’est laquelle, elle? Ta plus vieille? »

Aujourd’hui, on m’appelle souvent Geneviève, qu’on sache ou non que j’ai une sœur qui porte ce prénom. À l’université, au bureau, à la pharmacie, chez le chiro. Hasard? La légende veut que le curé qui m’a baptisée, un peu rond ce matin-là, se soit trompé en prononçant les saintes paroles...

De l’enfance à aujourd’hui, ma sœur et moi nous entendons (accordons) plutôt bien. Évidemment, entre nous, tout n’a pas toujours été aussi harmonieux que ses fameux dessins qu’elle faisait de la main gauche… et sans mon aide!

C’était agaçant de la voir s’amuser toute seule. À peine savait-elle parler qu’elle court-circuitait déjà les schémas habituels de la relation ainée-cadette.

Ma sœur se fichait complètement que j’observe mon rôle de modèle auprès d’elle. Souvent, je m’en plaignais à notre mère qui l’obligeait de devenir ma poupée, mon cobaye, mon élève et parfois même, mon indienne.

« Détache ta sœur d’la balançoire tout’d’suite Geneeevéronique D’Amours! »

En fait, bien que je sois l’ainée, le modèle à suivre, c’est elle.

[Je l’entends déjà faire la critique de ce billet : « Comment ça j’ai pas de défauts sur ton blogue, bout d’viarge!? Tu lyres, ma sœur! » Pour autant que mon texte ne soit pas sur-écrit et qu’il reste authentique, j’ai bien le droit de lyrer, ok? Je poursuis donc… ]

Je l’admire pour son courage, pour sa créativité et pour sa franchise à la limite de l’inhibition. J’envie sa façon d’aborder les choses sans se casser le bécique et son sens de la répartie que je n’ai jamais su calquer.

Grâce à elle, j’ai appris à apprécier la différence, à sortir de ma zone de confort culturelle (cinéma, littérature, musique) et à prendre conscience des mes préjugés, notamment sur les coiffeuses.

Je ne peux imaginer ce que je serais sans elle. Une vieille fille condamnée à lire Madame Bovary? Une accroc de la clope et des traitements capillaires? Peut-être un clown blanc perpétuellement à la recherche de son auguste…

De l’enfance jusqu’à hier, nous nous sommes construites ensemble, nous déterminant l’une par rapport à l’autre, fortes de nos ressemblances et de notre complémentarité.

Ensemble, nous sommes deux parties d'un tout. Elle la gauche, moi la droite.