lundi 14 février 2011

Idéal pour personne seule

Depuis plus ou moins deux semaines, je parcours régulièrement les petites annonces à la recherche d’appartements qui correspondent à mes critères.

Sans tapis, bien éclairé, non meublé, dans un quartier tranquille, avec entrée laveuse-sécheuse, à moins de 40 minutes de bus du travail et, évidemment, dans les limites de mon budget.

Mais on dirait que la Haute-Ville et Saint-Roch sont devenus des extensions tentaculaires du Plateau. Comme si le quartier légendaire avait enjambé le fleuve et les montagnes pour s’étendre jusque dans la Capitale-Nationale en semant sur son passage quelques hipsters par-ci par-là.

Loft style 3 ½ avec vue sur les Laurentides

À Québec comme à Montréal, les propriétaires en mènent large : hausse astronomique des loyers, premier mois payable lors de la signature du bail, enquête de crédit et références obligatoires, chien chat perruche et poney interdits.

Dans ce contexte, la colocation offre des avantages indéniables. Comme le luxe de pouvoir tirer à la courte paille quand vient le temps de téléphoner à la proprio-toute-rétrécie-et-pas-commode-pantoute parce qu'on a dû dormir en habit de neige.

Étrangement, même si la colocation en rebute plus d'un, ses désagréments – poils non identifiés dans la baignoire, vidanges perma-stationnées dans le locker, bruissements coïtaux tardifs et/ou matinaux – n’ont jamais gravement entravé mon bien-être.

Comme on dit, je dois avoir le bonheur communautaire facile.

Charmant 3 pièces idéal pour personne seule

À 28 ans, au zénith de ma carrière de colocataire, je me retire. Il est temps de mettre un terme à cette transition étudiante/professionnelle qui s'étire. J'opte maintenant pour le bonheur solitaire.

J’ai consacré la fin de semaine des amoureux-qui-se-bécotent-sur-les-bancs-publics-bancs-publics-bancs-publics à réfléchir à la vie post-colocation.

Dès maintenant, je me prépare mentalement à retrouver un appartement inanimé en rentrant du travail. Sans colocs à qui raconter ma journée et les derniers Twitter trends, sans divan en similicuir turquoise pâle et sans télécommande à trouver dans la damnée craque.

Parce qu’après 11 ans de compromis et de partage quotidiens – C’est-tu à mon tour d’acheter du papier de toilette? – s’il est une chose qu'il me faut désormais apprendre, c’est de vivre toute seule.

Ou mieux, de réussir mon idéal pour personne seule.


Merci à mes colocataires Martine* et Patrick*, Élizabeth, Pierre, Yolaine, Yanick, Yves, Geneviève T., Rosalie, Maxime, Noémie*, Marie-Josée, Jessica, Geneviève L. et Mylène pour ces années de bonheur communautaire (*pas toujours rose).