dimanche 24 octobre 2010

« Y » comme dans « mythe »

Après avoir lu l’article d’Hugo Dumas Y Mode d'emploi : une génération de bébés gâtés? et celui de Richard Therrien Génération Y: baveux, égoïstes et trop gâtés?, j’ai avalé en vitesse deux grands verres d’eau. Et je suis allée m’asseoir à côté de l’extincteur, question de prévenir une éventuelle autocombustion.

Dans leur article, les journalistes de La Presse et du Soleil présentent la nouvelle minisérie documentaire Y mode d’emploi qui sera diffusée à Canal Vie à partir du 26 octobre.

Homologues Y, on nous y dépeints comme des enfants-rois égoïstes, paresseux et arrogants, aux mœurs sexuelles débridées.

« On dit des jeunes de la génération Y qu'ils sont égoïstes, paresseux, bourrés de contradictions, gâtés pourris, allergiques à l'effort et à l'autorité, arrogants, baveux, dépendants de leurs parents, individualistes, infidèles et un peu trop «ti-jos connaissant» pour leurs patrons. »

Ça vous choque, vous aussi? Attendez de visionner les extraits du documentaire.

    Alexandre, un des sept jeunes adultes ayant participé au documentaire, explique sa passion pour les chaussures.

    « Les chaussures tsé, c’est le confort de 1. De 2, c’est comme un extend de ta personnalité tsé. J’dois en avoir à peu près une trentaine de paires. Tsé j’veux dire, c’est comme une fille avec des talons hauts. Tsé, y’a des journées où j’ai envie de porter des Jordan, y’a des journées j’ai envie de porter un Air Force, y’a des journées où j’ai envie de porter un Air Max… »

    Julie Manny-Laporte, en parlant des relations qu’elle entretient avec ses amis, affirme que « Dans ma gang, pas mal tout le monde a couché avec tout le monde […] Le sexe est quasiment un sport. »


« Y » en n’aura pas de facile

Si vous avez survécu aux six extraits sans prendre en feu, sûrement êtes-vous incapable de vous identifier à ces représentants de votre génération. Et peut-être avez-vous envie, comme moi, de détruire votre carte des Y et d’implorer les X d’accepter votre demande de membership.

En supposant que les extraits soient représentatifs du contenu des émissions, je pense pouvoir dire sans me tromper que les Y de la minisérie ne sont pas représentatifs de ma génération, du moins, pas de la tranche des 25-32 ans…

Hier soir, j’abordais le sujet avec des convives réunis à un souper de financement pour un organisme de coopération internationale. Mes interlocuteurs – des 28-30 ans qu’on ne pourrait pas exactement qualifier de paresseux et d’égoïstes – déploraient eux aussi l’image peu flatteuse qu’on véhicule des Y.

La plupart de mes amis et connaissances ne correspondent pas du tout aux stéréotypes généralement associés aux Y, comme vous le constaterez dans ce portrait que j’esquisse rapidement.

Les Y de mon entourage ont quitté le nid familial au début de la vingtaine pour aller étudier. Et, que je sache, leur vie sexuelle n’a rien de déjantée : la plupart vivent en union de fait depuis plusieurs années. Certains ont acheté une maison et se sont mis au compost trois ou quatre ans après avoir commencé à travailler. D’autres ont poursuivi leurs études à la maitrise ou au doctorat.

Tous possèdent plusieurs cordes à leur arc et apprécient le travail en équipe. Ils sont autonomes et ont confiance en eux, ce que certains collègues et employeurs perçoivent comme de l’arrogance. Souvent, les plus âgés de la génération en sont déjà à leur 2e ou à leur 3e carrière. Travailleurs autonomes, ils doivent constamment mettre leurs compétences à jour pour s’adapter au mouvement du marché du travail.

Les Y conduisent des voitures compactes ou sont adeptes du transport en commun. S’ils s’affairent depuis quelques années à repeupler le Québec, ils ont acheté une mini-fourgonnette ou un VUS et des sièges qui répondent aux normes canadiennes.

Et on disait égoïstes, infidèles et paresseux, hein?

« Y » en a marre

Je trouve étrange qu’on reproche aux Y de vouloir changer le monde et d’imposer leurs idées. N’est-ce pas le propre de la jeunesse, peu importe si elle est née entre 1977 et 1990?

C'est vrai, on peut se désoler de l'impatience des Y - ils veulent tout, tout de suite - et de leur mépris des conventions. Par ailleurs, employeurs, réjouissez-vous! Créatifs et natifs du numérique, ils peuvent déboguer sans peine les ordinateurs du bureau, vous renseigner sur les nouvelles technologies et trouver efficacement des solutions à leurs problèmes (surtout si vous leur donnez accès aux réseaux sociaux). Bourrés de talent, ils sauront rallier les troupes en temps de crise en entonnant, en canon, une comptine de Passe-Partout.

À défaut de me faire porte-parole de ma génération, je veux élever ma voix pour la défendre. Je me pose contre ceux qui, au lieu d’expliquer et de comprendre ses caractéristiques, soulignent ses travers et la caricaturent, ce qui contribue à renforcer les préjugés et les tensions intergénérationnelles.

Chers lecteurs, joignez votre voix à la mienne, en canon ou à la tierce. Que vous soyez un Y, un X, un C ou un baby-boomer, faites de ce billet non pas un soliloque, mais l’amorce d’une discussion.

Aidez-moi à briser le mythe des « Y ».


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/cassidy/8358360/sizes/m/

2 commentaires:

  1. Je suis fâchée à la simple écoute des extraits de ce documentaire.

    J'ai l'impression qu'on a choisi seulement des représentants qui plaisaient à la définition que le (ou la)documentariste s'était déjà faite des Y. De plus, les différences culturelles et sociales semblent présentées comme étant des déficiences.

    Les Y ne cadrent probablement pas dans le moule social actuel, mais ne pourrait-on pas simplement changer le moule? Le monde et les temps changent. Va falloir faire avec.

    Gedam

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  2. C'est drôle, j'ai toujours cru que c'était les 18-25 ans qui ressemblait plus à cette description des "Y" dépeinte dans le documentaire...

    C'est facile de trouver des gens superficiels, sexuellement complètement irresponsables, imbus d'eux-mêmes et vraiment sans discours dans toutes les générations. Je ne comprends pas pourquoi, là, on cherche à catégoriser les Y de la sorte...

    Je suis d'accord pour dire que les Y n'ont pas le monopole du bon goût. Mais, pour un article un peu plus juste peut-être sur les Y, au lieu d'aller vers ce documentaire, j'irais plutôt vers ce lien: http://carriere.jobboom.com/marche-travail/tendances/2007/06/08/4245309.html
    C'est sur le marché du travail exclusivement, mais il me semble beaucoup plus pertinent et nuancé que ce documentaire bidon où on donne la parole à n'importe qui pour dire n'importe quoi...

    Non mais, est-ce que ces jeunes adultes interviewés sont fièrs d'eux-mêmes de dire de tels trucs, vraiment? Pffff... Pathétique...

    Gevai

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