dimanche 17 octobre 2010

L'ivresse et l'attente


Ma récente réflexion sur l’hypermodernité, conjuguée à ma crise précoce de la trentaine, a abouti à une prise de conscience que je vous livre aujourd’hui. Notez qu’elle fait aussi l’objet de ce billet.

Voilà : j’attends depuis toujours une chose indéfinissable, impossible. Quelque chose qui viendrait combler un vide existentiel, satisfaire une envie intangible. Mais ce quelque chose n’arrive pas et n’arrivera jamais.

Rassurez-vous : même si le ton de ce billet contraste avec celui des précédents, mes angoisses capillaires ne sont pas venues à bout de mon optimisme ni de mon sens de l’humour (qui devrait, je le souhaite, bientôt revenir au galop).

La peur du vide

Dans sa dernière chronique, David Desjardins circonscrit notre mal collectif - et sous-jacent à cette vaine attente qui est mienne - mieux que je ne l'aurais fait. En faisant référence au dernier roman de Houellebeq et à celui de Langelier, le chroniqueur du Voir écrit :

« Des récits qui se croisent et se recroisent en décrivant la dérive de nos sociétés modernes, l'absence de sacré, la perte des anciens repères, nos rapports affectifs aux objets, la difficulté à communiquer, les remparts qu'on élève entre nous, les familles fuckées, les amours impossibles, tout cela dans une époque qui ne rêve plus, qui a oublié comment rêver en gang, à la même chose en même temps. Alors pour ne pas mourir de peur et d'ennui, on déconne, on prend tout à la légère, on dédramatise, on ironise, on caricature, on se planque, on fuit par en avant.

On se distrait en attendant de mourir. »


La gueule de bois

Et vous, comment vous distrayez-vous? En poursuivant, comme moi, une chimère postmoderne? Vous complaisez-vous dans l’attente de quelque chose qui n’arrivera pas, en prenant soin de vous maintenir dans un état d’ivresse perpétuel, pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, comme disait l’autre?

Ma picole à moi, c'est le réseautage social. À grandes rasades d’hyperliens, de photos et de vidéos, je m’enivre au goulot. J’engourdis mes angoisses capillaires tout le jour grâce à vos états d'âme. Une fois grisée, je m’exhibe en quelques anecdotes sans importance, en magnifiant la réalité, en fictionnalisant le quotidien. Et certains soirs, rongée par l’ennui, je bois votre vie virtuelle cul sec, à votre santé et à la mienne, jusqu’à sombrer dans la plus totale ivresse.

Bonjour, je m’appelle Véronique et je suis accroc aux réseaux sociaux.

Le sevrage

Au cours de la prochaine semaine, je m’interdis d’alimenter mon voyeurisme sur les réseaux sociaux. Je tâcherai, non sans peine, de m’en désintoxiquer en ignorant vos publications délicieuses, en résistant à la pressante tentation de me mettre à nu dans un statut.

Je m’enfoncerai dans un déni artificiel pour apprendre à ne pas céder au charme de l’omniprésent bouton « J’aime » ni à l’envie de commenter vos grisantes tranches de vie. J’essaierai, en une semaine, d’oublier comment assouvir mon vice en 140 caractères.

Et, chaque soir avant de filer au lit, je vous laisserai savoir comment je survis à ma cure, sobre et satisfaite, en publiant un statut éloquent.

Source de l'image : L'Absinthe - Edgar Degas (1876) http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/91/Absinthe.jpg

2 commentaires:

  1. Le blues de l'épistolière se poursuit, à ce que je vois. Tes humeurs sont palpables. Je te souhaite une semaine de sobriété toute en douceur, en silence réseau.

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  2. Chère épistolière,

    Lorsque tu liras ce commentaire, dans une semaine si ton sevrage a fonctionné comme tu le voulais, va t'inscrire à un groupe Facebook que j'ai fondé en 2007. En voici sa description :

    "Tannés de télécharger des applications et de remplir des quiz? Cette nouvelle association se veut être un groupe de discussion sur cette nouvelle drogue quotidienne qu'est devenu Facebook pour ses membres. À la manière des Alcooliques Anonymes, les Facebook Anonymes promettent de se rencontrer EN PERSONNE mensuellement pour cinqasepter dans un bar afin de parler de leur dépendance et de profiter pleinement d'un autre vice : l'alcool".

    Tu y es la bienvenue!

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Merci d'enrichir ce billet de vos commentaires.