jeudi 7 octobre 2010

Des angoisses capillaires


« Non, c’est mes timbres! », m’exclamai-je avec difficulté, les muscles du faciès bien tendus pour cause de bigoudis. Ma coiffeuse avait fait de moi non plus sa sœur, mais une belle-sœur qui roule ses « r » en se plaignant de son infidèle de mari et de ses patates oubliées sur le feu la veille.

Pendant que ma talentueuse frangine se démenait avec mes angoisses capillaires, je pensais à toutes ces belles-soeurs qui nous ont précédées. À nos grands-mères, Cécile et Marie-Anne, des femmes fières, fortes et intelligentes qui auraient pu, si elles étaient nées en 1982, étudier, faire carrière, manger Thaï et tenir un blogue.

Et je pensais aussi à leurs contemporaines malheureuses en ménage (peut-être mes grands-mères l’étaient-elles) qui n’avaient pas le loisir de quitter mari à une époque pas si lointaine.

Après tout, admettons-le, notre hypermodernité comporte plusieurs avantages : le divorce est socialement accepté, comme l’homosexualité, les relations sans lendemains et même le célibat.

Des Homo sapiens sapiens

Quelques heures plus tôt en route vers Montréal, j’amorçais cette réflexion en lisant « Amours », essai que j’ai acheté pour l'évidente raison qu’il porte mon nom.

Cet ouvrage, qui raconte l’évolution des relations hommes-femmes à travers les époques, m’a fait sourciller à la page 28. Chez l’Homo sapiens sapiens, contrairement à ses Homo prédécesseurs, l’excitation sexuelle est mentale et non mécanique :

« La grosseur des seins et des hanches chez la femme, et du pénis chez l’homme […] joue là un rôle d’excitation mentale. La libération de phéromones et la modification des taux hormonaux, inhibant notamment les aires associées à la critique de l’autre et à l’ennui, déclenchent le désir sexuel. Et c’est sans doute aussi ce qu’on appellera amour ».

D’Amours et désillusions

Voilà. Tout s’expliquait : seins siliconés, infidélités, obsession de la taille du pénis, histoires d’un soir et douloureux lendemains. Au final, l’amour n’est qu’un autre terme pour désigner le désir sexuel. Une invention de l’Homo sapiens sapiens pour oublier sa condition animale régie par la survie de son espèce.

Bien enfoncée dans la chaise d’un salon de coiffure du Plateau, je me félicitais d’avoir fui Québec - et les 60 000 marcheurs qui ont fait du surplace sur les Plaines - pour m’épivarder avec ma sœur à Montréal et changer de tête.

À respirer des émanations de permanente, j'étais heureuse. Après tout, le célibat, c’est pas si mal.


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/15527885@N00/2312265292/#/photos/joillustration/2312265292/lightbox/

2 commentaires:

  1. Aborder, dans le même billet, les homo sapiens sapiens et les bigoudis dévoile éloquemment l'extrême complexité de votre personnalité. J'ai hâte de lire le billet suivant, car je ne suis pas dupe de votre dernière phrase! Vivement le prochain sujet (que l'on peut prendre au sens monarchique du terme).

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  2. Ton blog m'inspire deux commentaires en un :

    Le célibat, maladie honteuse... Mais au lieu de transmettre, le contact guérit. Je me demande comment on appelle le contraire d'une maladie contagieuse ? ;D

    L'amour EST le désir... Je me dis souvent que l'amour est la seule chose qui peut nous faire prendre en totale bonne conscience des décisions parfaitement irrationnelles. Que c'est même sa définition en quelque sorte. Et comme c'est pour le bien de l'espèce, même quand on y réfléchit après coup (sans mauvais jeu de mot), on se dit quand même qu'on a bien fait ! :D

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Merci d'enrichir ce billet de vos commentaires.