dimanche 19 septembre 2010

Soulagez votre ironie et soignez votre narcissisme en deux exercices faciles


En bouquinant mardi dernier, je me suis laissé séduire par Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles de Nicolas Langelier. J’étais intriguée : un livre de croissance personnelle publié chez Boréal. Inusité.

Dans la ligne devant la caisse, j’affichais un sourire frondeur en espérant que personne ne me reconnaisse. Moi, ex-prof de littérature/français, étais-je en train de nier toutes ces années de conditionnement universitaire élitiste? Pis encore, allais-je survivre à ce genre de lecture, moi qui ai en horreur le prêt-à-penser et encore plus leurs auteurs, prétendus détenteurs de vérité?

Après avoir parcouru les 10 premières pages en diagonale, j’ai refermé le livre, rassurée. Le titre est tout ironie: il s’agit d’un roman dont la forme s’inspire des livres de croissance personnelle. J’allais me délecter. Et me poser des questions.

L’ironie

En plus de me permettre d’apprendre sur la modernité et l’hypermodernité, cette lecture m’a donné matière à réfléchir sur ma propension naturelle à ironiser.

Dire le contraire de ce que je pense est un exercice intellectuel qui me grise. J’aime particulièrement quand mes proches me demandent « Es-tu ironique là? » après avoir affirmé, sans l’ombre d’un rictus, une énormité déshonorante.

Mais sous les apparences comiques de l’ironie, qu’est-ce que je tente de cacher? Des choses pas très à la mode comme ma sensibilité, mon romantisme fleur bleue, mon idéalisme, mon penchant pour les chansons quétaines.

Autrement dit, l'ironie est directement proportionnelle aux bons sentiments dissimulés sous la dérision.

    Exercice

    Vous rentrez d’une soirée. Votre prétendant a la gentillesse de vous reconduire à la maison. Il vous dit : « J’ai vraiment passé une bonne soirée. Ç’a passé vite. » Vous répondez : « Tu trouves? ». Après quelques secondes d’hésitation, il rit.

    Ça vous semble sain? Qu’est-ce que vous n’avez pas osé dire? Si vous aviez été lui, auriez-vous ri?


Le narcissisme

Un passage de ce livre a particulièrement retenu mon attention. Il s’agit d’un extrait de discussion avec Sébastien Charles, professeur de philosophie à l’Université de Sherbrooke et auteur de L’hypermoderne expliqué aux enfants.

« Nous vivons dans des sociétés qui survalorisent l’amour-propre. Je conçois qu’il soit normal de valoriser une personne, voire que cela soit nécessaire à l’épanouissement et à la confiance en soi de chaque individu, mais à trop vouloir insister sur la valorisation des individus, on les conduit à être dépendants de l’image narcissique qu’ils se font d’eux-mêmes, ce qui n’est pas nécessairement leur rendre service. »

Avez-vous l’habitude d’actualiser votre statut Facebook en utilisant la 3e personne? Êtes-vous du genre à écrire un calembour réfléchi sur MSN? À tenir un blogue? À donner votre opinion sur tout ce que vous avez lu, bu, vu, entendu, mangé, acheté, appris? Si oui, nous partageons ce point commun : nous sommes dépendants de l’image narcissique de nous-mêmes. Mais ne soyez pas triste : vous savez maintenant que vous n’êtes pas seul.

    Exercice

    Relisez vos 20 derniers statuts Facebook. Tentez maintenant de trouver le(s) trait(s) de votre personnalité (sens de l’humour, sensibilité, bon goût, courage, vertu, originalité, etc.) que vous mettez en valeur.

    Cette image vous plait-elle? Pourriez-vous écrire un statut qui viendrait l’altérer?


Ne vous donnez pas la peine de relire mes statuts Facebook (si l’idée vous était venue à l’esprit) pour découvrir les traits de ma personnalité que je veux mettre en évidence. Je vous les donne dans le mille : l’humour et l’intelligence.

J’ai commencé à apprivoiser cette facette de moi à la maitrise pendant que j’étudiais le concept d’ethos. Sans entrer dans des détails théoriques que j’ai mis une bonne année à oublier, je résumerai simplement l’ethos par la manière dont nous nous mettons en scène, particulièrement dans notre discours, à l’oral ou à l’écrit.

Maintenant, après avoir pris conscience de ma dépendance, comment m’en libérer? Malheureusement, le livre ne le dit pas. Malgré tout, je vous encourage à le lire. Dévorez-le, idéalement, d'une traite. Et parlez-en ensuite sur les réseaux sociaux. Même si vous aurez pris conscience de votre problème, vous sentirez l'obligation de donner votre appréciation. Non pas pour critiquer ou promouvoir l'œuvre, mais bien parce que vous êtes toujours dépendant de votre image d'intello à l'humour caustique.

Source de l'image : Michelangelo Merisi da Caravaggio or Caravaggio (1573–1610) http://commons.wikimedia.org/wiki/Galleria_Nazionale_d%27Arte_Antica




3 commentaires:

  1. Je suis tentée d'ajouter que l'édifice que l'on voit en premier plan de la vidéo en est un de Le Corbusier construit à Marseille après la seconde guerre mondiale. L'esprit derrière cette construction était lié à l'amélioration de la qualité de vie. Le complexe portait le nom de cité Radieuse. L'ensemble fut passablement mal reçu à l'époque. De nos jours, il faut s'inscrire sur une liste d'attente pour occuper l'endroit. De quoi inspirer un autre billet :-)

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  2. Outre ma propension pour les réseaux sociaux, je dirais que je m'éloigne tout doucement de l'être hypermoderne que j'ai déjà été, du moins je pense l'être beaucoup moins maintenant. Mais peut-être que j'illustre en ce moment même à quel point je suis encore hypermoderne(!)

    Bref, je me sens de moins en moins obligée par les tendances et autres mouvances sociales à agir comme ci ou à penser comme ça. J'ai d'ailleurs en horreur le snobisme sous toutes ses formes. Mais peut-être suis-je encore en train d'illustrer mon hypermoderniste?

    Merde! Je ne m'en sortirai vraiment pas.

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  3. Le fait de publier ce livre, n'est-ce pas un exercice narcissique ???

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Merci d'enrichir ce billet de vos commentaires.