mardi 3 août 2010

Sí, no, tostador


Quelques heures avant mon départ vers un tout-inclus en République dominicaine, je m’étonnais de ma zénitude insoupçonnée, allant même jusqu’à la considérer inquiétante.

Pouvait-elle s’expliquer par les 25 grammes de chocolat noir dont je me délecte quotidiennement? La devais-je aux endorphines sécrétées après mon entrainement matinal, à l’excellent single We used to wait d’Arcade Fire ou aux plus qu’agréables rendez-vous que je cumule avec Érostrate?

Comment pouvais-je me sentir aussi bien alors que quelques semaines plus tôt, je me demandais si j’étais capable - même pendant 24 h - de renoncer à toute activité intellectuelle, au gym, aux plats que j’ai l’habitude de cuisiner, à sentir la rassurante résistance des touches d’un clavier d’ordinateur sous mes doigts? Mais surtout, je m’inquiétais à savoir si je saurais tirer profit d’une semaine de repos sous les palmiers comme une professionnelle occidentale qui mérite ses vacances et qui se fout complètement de ne pas parler espagnol sur un resort dominicain.

Yo no hablo español

Du siège passager que j’occupais dans la fourgonnette qui nous amenait à notre hôtel, je trouvais réponse à une de mes appréhensions, celle de ne pas parler la langue de mes hôtes.

Les genoux bien serrés, les yeux rivés sur cette route défigurée par des cratères qui n’avaient rien à voir avec nos nids-de-poule québécois, je me contentais d’écouter mes compatriotes en tâchant de contenir ma honte. Ma honte de ne pas pouvoir discuter avec notre conducteur. Ma honte d’entendre une passagère l'aborder en italien, puisqu’après tout, l’italien et l’espagnol, c’est presque la même chose. Mais aussi cette honte que je ressentais depuis l’atterrissage quand les agentes de bord ont roulé des yeux en entendant flot d’applaudissements de mes compatriotes heureux d’arriver sains et saufs.

À l'hôtel, j'ai pu me libérer en partageant mes pensées avec Anne-Sophie, ma compagne de voyage. Au cours du séjour, j’ai aussi pu bénéficier de ses compétences linguistiques, ce qui a participé à faire s’estomper graduellement mon malaise.

Piscina Relax

Anne-So et moi avons découvert la Piscina Relax qui se trouvait derrière notre villa dès que nous avons pris possession de notre chambre. J’avais tout pour être heureuse : 240 ml de FPS 30, le dernier roman de François Blais, du beau temps, une petite piscine tranquille et une bonne amie qui prenait les traits d’une star undercover.

Nous avons donc passé le plus clair de notre temps à nous crémer mutuellement le dos, à chiller (vous reconnaissez ici un anglicisme qui fait désormais partie intégrante de mon vocabulaire) et à observer, entre deux chapitres, les autres vacanciers. Mine de rien, trois journées complètes s’étaient écoulées. Ainsi, pensai-je, la piscine avait su tenir sa promesse.

Le quatrième jour allait cependant contraster avec les trois précédents. Mon cerveau avait atteint sa limite maximale de veille. Et mon corps, qui transpirait littéralement le sucre et le sel, m’a rappelé qu’il manquait d’exercice. Mens sana in copore sano, soit. Faire quelques longueurs de brasse et scruter dans les moindres détails les photos du très instructif Cosmopolitan à la recherche de retouches et d’anomalies scéniques m’apparaissaient comme des activités appropriées. Mais ces quelques divertissements se sont rapidement avérés insuffisants et j’ai succombé, quelques heures plus tard, à la tentation de me payer une demi-heure d’Internet pour la modique somme de 7$ US.

Optimiste au matin du cinquième jour, je tentais de me convaincre à voix haute que j’étais capable de profiter de ces vacances, même si mon envie véritable était de regagner mon petit train-train nord-américain.

Moi : « Je m’étonne d’être capable de me faire à des situations pas l’fun sans grand peine »

Anne-So : « Véro, c’est pas exactement comme si tu étais dans une prison en Thaïlande. »

Je n'étais pas incarcérée en Thaïlande. J'étais seulement prisonnière d'un décor de carte postale.

El tostador de la casa

Le sixième jour, excitée comme à la veille de Noël, je m’endormais en rêvant à la soirée du lendemain à Toronto, à mon portable, à une toast mi-grillée au beurre de peanut, à une douche à température constante et à des plats insaturés en sel et en sucre.

Aujourd'hui, ayant regagné mes quartiers depuis 2 jours avec un rhume caribéen et un léger tan en prime, je dois me rendre à l’évidence. Le lézardage dans un resort paradisiaque : peu pour moi.

Au final, si j’ai échoué mes vacances-de-professionnelle-occidentale-qui-les-mérite-bien, je me réjouis au moins que ce séjour ait éveillé ma curiosité - les bananes défient la gravité en poussant vers le haut!-, mon envie du dépaysement et, surtout, celle de la rencontre avec l’Autre.


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/23142773@N08/2213642204/

3 commentaires:

  1. que j'aime ton écriture, tu as beaucoup de talent. Je t'aime de tout mon coeur. Une inconnue que tu connais bien et qui est fière de toi.

    RépondreSupprimer
  2. Merci, belle inconnue que j'aime, que j'aime!

    RépondreSupprimer
  3. Hum... Ce petit résumé de tes vacances-dans-le-sud-de-la-professionnelle-qui-le-mérite-foutrement-bien ont un je-ne-sais-quoi qui cloche! Elles auront quand même eu le mérite, comme tu le dis si bien, de te donner la divine piqûre (prend-elle toujours un accent?) pour le voyage. Alors à ton Atlas numérique, très chère Épistolière :-)

    RépondreSupprimer

Merci d'enrichir ce billet de vos commentaires.