mardi 24 août 2010

Miss Septembre


Préambule

Je prends conscience que les billets de ce blogue adoptent le style de l’autobiographie et de la chronique. Je prends le ton de la confidence pour l’heure, en espérant que mes réflexions et mes états d’âmes sont appréciés de vous, chers lecteurs. Si tel n’était pas le cas, j’espère que vous saurez me pardonner en vous rappelant qu’il est coutume qu’une première œuvre (!) soit imprégnée de la biographie de son auteure…

… qui abuse des parenthèses et qui, aujourd’hui, est inspirée par ses souvenirs d’école.


Comme une odeur de terrazzo

Ah. Le premier jour d’école. Avec mon sac-à-dos rempli de toutes ces choses (sauf les espadrilles, pas de place) qui sentaient la Librairie Rioux. Quel plaisir j’avais d’aller acheter mes fournitures scolaires avec ma mère, à recouvrir mes livres et à étiqueter ces centaines (!) d'articles que je rangerais précieusement dans mon étui en toile style « sac à soulier ».

La rentrée. Par la grande porte des élèves. Dans les corridors ne trainait que l’odeur du plancher en terrazo fraichement ciré. Je me rappelle du plaisir que j’avais à écrire mon nom sur la première page de mes cahiers d’exercices neufs et à tailler mes crayons Prismacolor (parce que les Canadiana cassaient toujours) tous de la même longueur.

M’adapter à mes camarades de classe (presque tous les mêmes d’une année à l’autre) et à ma nouvelle enseignante me semblait moins difficile que m’habituer à son parfum : Anaïs Anaïs, Eternity, Parfum de Lune et autres grands crus.

J’ai décidé de faire de l’enseignement ma profession quand j’ai compris que mes rentrées étaient décomptées (il faut bien que ça finisse un jour!). Mon choix allait me permettre de revivre jusqu’à la retraite les doux plaisirs et l’excitation de cette période, mais surtout de partager mon envie insatiable d’apprendre.

De la petite école jusqu’à l’université, chaque rentrée scolaire m’apparaissait comme une nouvelle étape à franchir d’une longue quête. Une quête dont l’objectif était d’apprendre à devenir une grande personne…

Du pupitre au tableau

Et un jour, je suis devenue grande. Diplômes en poche, j'étais désormais autorisée à gesticuler dans une classe en parlant vite et en me poudrant le nez (et les fesses) avec de la craie.

J’étais celle qui racontait des légendes de moines faiseurs de grammaire à ses élèves ébaubis et qui avait le privilège de voir dans leurs yeux des Cool. Enfin, j’ai compris! J’étais fière de mon travail et particulièrement, de participer au développement de leur esprit critique.

J’aimais mes élèves, même ceux qui avaient des chiens mangeurs de clé USB. J'appréciais les séances de correction, délicieux prétextes pour boire du café à l’excès et manger des biscuits Leclerc 70% cacao.

Aujourd’hui, même si j’ai le bonheur d’apporter ma contribution à la réussite éducative dans le cadre de mes nouvelles fonctions, je me rends à l’évidence.

À quelques jours de la rentrée, l’école me manque, un peu…


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/sicnarf/3384587021/sizes/m/

mardi 3 août 2010

Sí, no, tostador


Quelques heures avant mon départ vers un tout-inclus en République dominicaine, je m’étonnais de ma zénitude insoupçonnée, allant même jusqu’à la considérer inquiétante.

Pouvait-elle s’expliquer par les 25 grammes de chocolat noir dont je me délecte quotidiennement? La devais-je aux endorphines sécrétées après mon entrainement matinal, à l’excellent single We used to wait d’Arcade Fire ou aux plus qu’agréables rendez-vous que je cumule avec Érostrate?

Comment pouvais-je me sentir aussi bien alors que quelques semaines plus tôt, je me demandais si j’étais capable - même pendant 24 h - de renoncer à toute activité intellectuelle, au gym, aux plats que j’ai l’habitude de cuisiner, à sentir la rassurante résistance des touches d’un clavier d’ordinateur sous mes doigts? Mais surtout, je m’inquiétais à savoir si je saurais tirer profit d’une semaine de repos sous les palmiers comme une professionnelle occidentale qui mérite ses vacances et qui se fout complètement de ne pas parler espagnol sur un resort dominicain.

Yo no hablo español

Du siège passager que j’occupais dans la fourgonnette qui nous amenait à notre hôtel, je trouvais réponse à une de mes appréhensions, celle de ne pas parler la langue de mes hôtes.

Les genoux bien serrés, les yeux rivés sur cette route défigurée par des cratères qui n’avaient rien à voir avec nos nids-de-poule québécois, je me contentais d’écouter mes compatriotes en tâchant de contenir ma honte. Ma honte de ne pas pouvoir discuter avec notre conducteur. Ma honte d’entendre une passagère l'aborder en italien, puisqu’après tout, l’italien et l’espagnol, c’est presque la même chose. Mais aussi cette honte que je ressentais depuis l’atterrissage quand les agentes de bord ont roulé des yeux en entendant flot d’applaudissements de mes compatriotes heureux d’arriver sains et saufs.

À l'hôtel, j'ai pu me libérer en partageant mes pensées avec Anne-Sophie, ma compagne de voyage. Au cours du séjour, j’ai aussi pu bénéficier de ses compétences linguistiques, ce qui a participé à faire s’estomper graduellement mon malaise.

Piscina Relax

Anne-So et moi avons découvert la Piscina Relax qui se trouvait derrière notre villa dès que nous avons pris possession de notre chambre. J’avais tout pour être heureuse : 240 ml de FPS 30, le dernier roman de François Blais, du beau temps, une petite piscine tranquille et une bonne amie qui prenait les traits d’une star undercover.

Nous avons donc passé le plus clair de notre temps à nous crémer mutuellement le dos, à chiller (vous reconnaissez ici un anglicisme qui fait désormais partie intégrante de mon vocabulaire) et à observer, entre deux chapitres, les autres vacanciers. Mine de rien, trois journées complètes s’étaient écoulées. Ainsi, pensai-je, la piscine avait su tenir sa promesse.

Le quatrième jour allait cependant contraster avec les trois précédents. Mon cerveau avait atteint sa limite maximale de veille. Et mon corps, qui transpirait littéralement le sucre et le sel, m’a rappelé qu’il manquait d’exercice. Mens sana in copore sano, soit. Faire quelques longueurs de brasse et scruter dans les moindres détails les photos du très instructif Cosmopolitan à la recherche de retouches et d’anomalies scéniques m’apparaissaient comme des activités appropriées. Mais ces quelques divertissements se sont rapidement avérés insuffisants et j’ai succombé, quelques heures plus tard, à la tentation de me payer une demi-heure d’Internet pour la modique somme de 7$ US.

Optimiste au matin du cinquième jour, je tentais de me convaincre à voix haute que j’étais capable de profiter de ces vacances, même si mon envie véritable était de regagner mon petit train-train nord-américain.

Moi : « Je m’étonne d’être capable de me faire à des situations pas l’fun sans grand peine »

Anne-So : « Véro, c’est pas exactement comme si tu étais dans une prison en Thaïlande. »

Je n'étais pas incarcérée en Thaïlande. J'étais seulement prisonnière d'un décor de carte postale.

El tostador de la casa

Le sixième jour, excitée comme à la veille de Noël, je m’endormais en rêvant à la soirée du lendemain à Toronto, à mon portable, à une toast mi-grillée au beurre de peanut, à une douche à température constante et à des plats insaturés en sel et en sucre.

Aujourd'hui, ayant regagné mes quartiers depuis 2 jours avec un rhume caribéen et un léger tan en prime, je dois me rendre à l’évidence. Le lézardage dans un resort paradisiaque : peu pour moi.

Au final, si j’ai échoué mes vacances-de-professionnelle-occidentale-qui-les-mérite-bien, je me réjouis au moins que ce séjour ait éveillé ma curiosité - les bananes défient la gravité en poussant vers le haut!-, mon envie du dépaysement et, surtout, celle de la rencontre avec l’Autre.


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/23142773@N08/2213642204/