mercredi 14 juillet 2010

L'origami


Plusieurs d’entre vous le reconnaitront : la coordination et distinguer la gauche et de la droite ne sont pas des habiletés que je maitrise parfaitement. C’est d’ailleurs pour cette raison que je tarde à prendre des cours de conduite, au grand désespoir de mes parents et amis qui assurent encore mes déplacements lorsque nécessaire…

Consciente de l’urgence d’apprendre à contrôler et à coordonner mes mouvements, je décide de m’initier à un art martial : le karaté. Pourquoi le karaté? Parce que c’est un sport qu’on pratique en pyjama blanc, qui, grâce à des chorégraphies synchronisées qu’on appelle katas, me promettait de partager enfin le bonheur de mes homologues automobilistes et danseurs.

Alors, s’il est question de karaté dans ce billet, pourquoi l’avoir intitulé « L’origami »? Avant de satisfaire votre curiosité, chers lecteurs, laissez-moi d’abord vous raconter le récit de mon premier cours de karaté.

Le chaos

Le cours a commencé avec 10 minutes de retard. C'était le chaos. Nous étions une trentaine à ne pas savoir où nous placer ni qui était notre sensei. Une femme d’environ vingt ans, à peine plus grande que La Poune, crie de sa voix grinçante qu’elle remplaçait notre « vrai » sensei qui était en France pour une compétition. Ça commençait bien.

L'hétérogénéité

J'ai survécu au réchauffement (et à ma demi-split), ce qui me laissait croire que j’avais tout ce qu’il fallait pour ajouter, dans quelques semaines, le suffixe –san à mon prénom. Fraiche comme avant le réchauffement, notre petite-sensei nous demande de former un grand cercle pour que nous puissions nous présenter à tour de rôle.

Essoufflée et étonnée de mon insoupçonnée souplesse, j’écoute mes compères étaler leur pedigree scolaire et sportif. Surprise : la moitié du groupe n'en est pas à sa première expérience en art martial. Tiens, une ceinture noire en tae kwon do. Une autre en judo. Ah, bon, me dis-je, je me tiendrai loin d’eux.

Le contre-exemple

Notre mini-sensei nous fait ensuite apprendre deux mouvements de base, soit le coup de poing à la tête et le blocage. Ça allait jusque là. Nous avons ensuite poursuivi avec le coup de poing au corps et le boclage. La cata.

Même à pratiquer dans les airs, il m'était impossible de répéter la séquence de mouvements correctement. Murphy s’étant mis de la partie, j’ai été jumelée à Raymond, roi du fitness, pour pratiquer et intégrer tous ces nouveaux mouvements.

Rapidement, micro-sensei me repère pendant que je tente de reproduire, non dans l’ordre, l’enchainement de mouvements en prenant grand soin de ne pas toucher les pecs anormalement gonflés de Raymond. Elle siffle. « Ok, groupe, regardez la madame en rose ici, là. » Elle avait fait de moi le modèle à ne pas suivre. La honte.

La palpation

Quatre personnes ont touché mon « entre-boules » en moins d’une heure, ce qui demeure à ce jour un record personnel. Mais ces quelques effleurements sportifs n’avaient rien à voir avec ce qui m’attendait pendant la période de relaxation.

Sous le regard scrutateur de moustique-sensei, j’ai massé les jambes de Colin, un étudiant albertain en shorts trop courts et dont la pilosité ne démentait pas son sexe. Si je n’avais pas hérité de l’orgueil de ma mère, j’aurais pris, à ce moment précis, mes orteils à mon cou avant même de toucher un poil de son genou...

L’humiliation

Le cours tirait à sa fin. Enfin! Notre basse-sur-pattes-sensei nous convie à un jeu qui s'appelle le combat de coqs.

Basse-sur-pattes-sensei : « Que savez-vous des combats de coqs ? »

Moi : « C’est illégal au Canada. »

Je me suis trouvée bien drôle – et les autres aussi. Évidemment, la loi de Murphy n’allait pas manquer une si belle occasion de frapper à nouveau. J’allais être la première à m'exécuter. Sur une jambe, les mains derrière le dos tenant la cheville de ma jambe pliée, je devais expulser du terrain de combat Raymond (roi du fitness, faut-il rappeler).

Sans surprise, j'ai perdu. Napoléone-Sensei me punit en m’ordonnant de faire 5 push-up (de gars bien sûr) devant le groupe, médusé.

« Me semble que c'est rough pour un premier cours?! » lançai-je. Aussitôt dit, le groupe entonna à l'unisson un « Push-up ! Push-up ! », comme quoi j'avais affaire à des mercenaires et non à des coéquipiers.

Je me suis donc mise en position. Un deux trois. Go. Et je me suis aplatie. Par terre. Malaise dans le dojo. Et honte sur moi.

Une leçon d'humilité

Le lendemain, à peine remise de mes émotions, j’allais m’acheter un livre d’initiation à l'origami, un sport japonais à la hauteur de mes capacités physiques et, vraisemblablement, dans ma zone proximale de développement (ZPD).


Source de l'image: http://www.flickr.com/photos/colouredinks/40705975/sizes/s/

5 commentaires:

  1. L'itération de "pistol" dans le titre et sous-titre, à juger par l'acuité de ta plume, rappelle davantage la pistolet que le pistole ou l'épitre.

    Cette anecdote est plus savoureuse à lire qu'à entendre, malgré l'absence de ton rire frondeur.

    Au plaisir de te lire.

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  2. trop bon, drôle ! je l'ai fait lire à ma coloc pour être sûr qu'elle ne manque pas le : "c'est illégal au Canada !" c'est tellement toi ! :P

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  3. C'est illégal au Canada... Je t'imagine, ma soeur! Tu devais être si fière de ta blague parfaite. Quel désenchantement que la suite!

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  4. Je constate avec bonheur que le temps a fait son œuvre et que la colère, par ailleurs entièrement justifiée, a fait place à l'humour. Heureusement, la hargne contre micro-sensei est toujours bien en chair et prête à la faire valser dans les rosiers à la première occasion. Je souhaite que, par ta verve, tu la mettes un jour KO :)))

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  5. Wow! Véro, tu m'auras bien diverti. Tu es extraordinaire.

    Gros bec.

    Monsieur J. :)

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