dimanche 5 décembre 2010

Un scintillement


Je recommence à écrire
comme d’autres recommencent à fumer.
Sans oser le dire à personne.
Avec cette impression de faire une chose
qui n’est pas bonne pour moi
mais à laquelle il m’est impossible
de résister plus longtemps

- Dany Laferrière, L’énigme du retour



J’ai ralenti le rythme de mes publications depuis un mois. J’ai réalisé que mes derniers billets ont été forgés de raison plutôt que de cœur. Et qu’entretenir mon blogue était devenu moins un plaisir qu’un devoir, comme faire la lessive et retourner ses appels. Pourquoi?

J’aimerais être originale. Drôle. Intelligente. Toujours. J’aimerais que ça me vienne tout le temps, en prose. Et que ça donne un hit bloguestre. Un texte divertissant, bien cousu et digne de recevoir des commentaires. Parce c’est ce que je pense qu’on attend d’une épistolière à l’ère du Web 2.0.

Il ne faut jamais écrire que pour soi. Sinon l’écriture est sans portée, reste vaine. J'écris souvent trop peu pour moi. Et trop pour vous. Parce que je souhaite d’abord vous plaire et brandir de l’intellect avant de purger de l’affect. Trop sensible.

À votre insu, je m’épuise en prenant grand soin de ménager un espace rationnel et douillet entre mes lignes. Je n’économise ni temps ni énergie pour dessiner votre trajectoire sur mes envolées lyriques. Et pour satisfaire à vos attentes, pour écrire ce que vous avez envie de lire, je me garde de me répandre en élans mélancoliques. Je renonce au spasme de m’écrire, à cette envie que j’aie que j’aie.

Mais aujourd’hui, je suis trop fatiguée pour contenir cette pression de l’intérieur, toujours plus forte et plus brillante. Par des brèches elle s’échappe en de minces faisceaux, un scintillement, peut-être de la poésie.

Il se fait tard. En attendant d'avoir le courage d'être moi-même, mieux vaut prévenir les remords, conclure ce billet et ouvrir un livre.


Source de l'image : Nikolay Dubovskoy. The Frosty Morning (1894)http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nikolay_Dubovskoy_Moroznoye_Utro_1894.jpg

lundi 22 novembre 2010

Les pantoufles


Le plan, c’était de commander une allongé-double-bio-équitable à une serveuse qui porte des lunettes trop grandes. D’ouvrir mon PC sous le regard dégouté ou inquiet des clients cachés derrière leur MacBook. Le plan, c’était de créer une mise en scène pour pondre ce nouveau billet dans un café branché en Basse-Ville

Mais ce sera pour une prochaine fois. J’ai préféré écrire de mes pantoufles et boire du rooïbos infusé maison. Par paresse, sûrement, parce je n’ai pas envie de trainer mes bottes dans le froid et la neige collante.

Le confort

Aujourd’hui, j’ai presque oublié la témérité de ma jeune vingtaine, celle qui me poussait à braver la tempête pour siroter dans un bar de pôwètes un verre de rouge grand cru Du Vinier.

Peut-être suis-je encore « jeune à l’extérieur, mais vieille à l’intérieur », comme le remarquait ma sœur cet été. Sans doute qu’à ses yeux, mon style de vie – ennuyeux - et ma relative sagesse détonnent avec mes allures de fille qu’on carte et qu’on tutoie à tour de bras.

Mais si les rides sur mon visage passent encore leur chemin, je n’échappe pas à cette tendance universelle qui veut qu’avec l’âge, on prenne gout au confort.

Au fil des années, mon envie de prendre des risques s’est métamorphosée en quelques activités solitaires apaisantes - entretenir des correspondances, cuisiner des mijotés, peaufiner mes stratégies au Scrabble, lire des auteurs primés – que je compare à des pantoufles enfilées avec hâte quand Dieu seul les voit.

L’inertie

Si l’on peut regarder mes pantoufles avec dédain, on ne peut par ailleurs me blâmer de les porter. Parce qu’en plus d’être confortables, souples et au gout du jour, elles ne gênent pas ma démarche, contrairement à certains vieux chaussons, suspendus en permanence à une corde à linge.

Parmi ces pantouflards immobiles, comptons notamment :
  • les électeurs qui n'exercent pas leur droit de vote ;
  • les fans d’un chanteur de covers multirécidiviste ;
  • les enseignants qui n’ont rien changé de leur pratique parce qu’ils « enseignent comme ça depuis 20 ans, Mad’mselle! ».
Ceux-là n'ont pas su éviter le piège. Ils ont sombré dans les abysses du confort. Le conservatisme et l'inertie.

Mes chers lecteurs, vous voilà prévenus. À trop se cantonner dans ses habitudes, on risque de se transformer en musée humain ou pire, en anachronisme vivant.


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/ieatwaffles/3481077037/sizes/m/

dimanche 7 novembre 2010

Des pommes et de la compote


Cette semaine, Mathieu Côté-Desjardins, un jeune enseignant de la Commission scolaire de Montréal, a lancé le web-documentaire La Déséducation. Dans 16 épisodes, l’auteur présente sa vision du système de l’éducation en relation avec son parcours professionnel. La seconde moitié de la série proposera des pistes de solution à la déséducation, néologisme que Côté-Desjardins définit entre autres comme la « propagation d’une ignorance programmée et structurée pour tenir les personnes en état d’inconscience ».

Plus tôt cette semaine, j'ai visionné le prologue du documentaire et le premier épisode qui portait sur la formation des maitres. Même si le point de vue de Côté-Desjardins m’a semblé tiré à gros traits (style par ailleurs justifié par son désir de soulever le débat), j’y ai trouvé plusieurs consonances avec ma propre expérience.

Un verger

Au terme de mon DEC en sciences de la nature, j’ai choisi l’enseignement plutôt que la pharmacie (le mélange médicament-dyscalculie étant contrindiqué avec raison). De toute manière, mon patrimoine héréditaire m’avait tracé depuis longtemps une autre voie : l’enseignement du français barre oblique littérature. Comme le veut l’adage, la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre…

Après avoir obtenu un baccalauréat en études littéraires et forte de mon expertise en lecture diagonale, je me suis inscrite dans un programme de 2e cycle en enseignement collégial. Même si cette formation n’est pas obligatoire, il m’importait d’élever mes assises didactiques et pédagogiques par intérêt et par conscience professionnelle.

À 8 h 30, assise comme 150 collègues à moitié endormis dans un amphithéâtre, j’assistais à mon premier cours sur le système d’éducation québécois. Le professeur, qui faisait les cent pas sur l'estrade, avait décidé de donner dans l'électrochoc.

« Je ne vous raconterai pas d’histoires. Les enseignants du collégial mettent en moyenne 16 ans avant d’obtenir un poste dans un établissement. J’espère que l’enseignement vous passionne et que vous êtes patients. »

Je me suis rassise. J’ai avalé une grosse gorgée de café. Confrontée à la réalité, j’ai préféré me réfugier dans le confort du déni. D’ici la fin de ma formation, la vie allait se charger de créer un vide dans un cégep où je coulerais de jours heureux à enseigner le français barre oblique littérature. J’étais confiante.

Des pommes talées

Croyez-le ou non, mon désir d’enseigner est demeuré intact, même après cette foudroyante déclaration. Par ailleurs, mes frustrations se sont additionnées au fil des aberrations que je subissais pendant ma formation. (Évidemment, je tiens à préciser que tous les cours n’étaient pas incohérents et impertinents, notamment ceux de didactique et de psychologie.)

À défaut d’y trouver mon compte, j’y trouvais matière à réfléchir :

    Pourquoi des professeurs avaient-ils choisi la formule magistrale pour enseigner cette fameuse approche par compétences?

    Comment pouvait-on présenter, dans un cours sur l’utilisation pédagogique des TIC, des Power Point surchargés et ennuyeux?

    Comment le professeur en charge du cours « mesure et évaluation » a-t-il pu pousser l’ironie jusqu’à évaluer nos compétences dans un examen à choix multiples?

Mes collègues et moi n’étions pas dupes, bien que nous n’osions critiquer vertement le programme. Je suis sortie de ma torpeur pendant un séminaire. Je venais de recevoir la correction de mon rapport de stage. Sur la page de présentation qui en cachait une vingtaine d'autres, ma responsable de stage notait qu’elle ne retrouvait pas mes réponses « dans l’ordre demandé » et qu'il fallait que je les réécrive.

Elle avait raison, j’avais organisé les réponses attendues aux questions, dont celles-ci, dans une réflexion logique et cohérente :

    2.1 Écrivez, dans un paragraphe, cinq difficultés que vous avez vécues pendant votre stage.

    2.2 Écrivez, dans un paragraphe, comment vous avez surmonté ces cinq difficultés.

    2.3 Expliquez, en 300 mots, ce que vous avez appris de ces difficultés.

Sous le regard incrédule de mes confrères et consœurs, je me suis emportée.

« Vous nous prenez pour des cons? Le travail que vous avez demandé est abrutissant. Le texte que j’ai écrit est une réflexion sur mon stage, pas un ramassis d’insignifiances facile à corriger. Pour vous, c’est ça, montrer l’exemple aux futurs profs? »

Ma montée aux barricades a été applaudie par mes collègues. Malgré que j’aie osé briser le silence, j’ai reçu par la poste, quelques mois plus tard, un diplôme en enseignement collégial.

De la compote

Mon expérience à la formation des maitres n’a pas été à la hauteur de mes attentes. Cette déception m’a pourtant permis de forger ma conception de l’éducation et m’a conduite à la maitrise en didactique. De l’antre de la faculté, j’ai pu observer et comprendre les engrenages de la formation des maitres. J'ai aussi pu me réconcilier avec elle en rencontrant des professeurs investis et passionnés qui œuvrent au changement.

De mon expérience, je crois que les aberrations de la formation des maitres n’engendrent pas systématiquement de mauvais enseignants.

Cela dit, de nombreuses recherches l’ont montré : les enseignants ont tendance à reproduire les modèles qu’ils ont vécus/subis du primaire à l’université. Pour cette raison, il m’apparait nécessaire que les professeurs de la formation des maitres se fassent un devoir de dispenser un enseignement cohérent, même avant-gardiste, en arrimage avec la recherche et les besoins des futurs enseignants.

Pour conclure cette réflexion, permettez-moi d'utiliser cette savante métaphore culinaire : il est possible de cuisiner une excellente compote à partir de pommes talées, à condition, bien sûr, de jeter celles qui ne sont que meurtrissures…

Source de l'image : Nature morte, pommes et grenades (1871) de Gustave Courbet http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Gustave_Courbet_001.jpg

dimanche 24 octobre 2010

« Y » comme dans « mythe »

Après avoir lu l’article d’Hugo Dumas Y Mode d'emploi : une génération de bébés gâtés? et celui de Richard Therrien Génération Y: baveux, égoïstes et trop gâtés?, j’ai avalé en vitesse deux grands verres d’eau. Et je suis allée m’asseoir à côté de l’extincteur, question de prévenir une éventuelle autocombustion.

Dans leur article, les journalistes de La Presse et du Soleil présentent la nouvelle minisérie documentaire Y mode d’emploi qui sera diffusée à Canal Vie à partir du 26 octobre.

Homologues Y, on nous y dépeints comme des enfants-rois égoïstes, paresseux et arrogants, aux mœurs sexuelles débridées.

« On dit des jeunes de la génération Y qu'ils sont égoïstes, paresseux, bourrés de contradictions, gâtés pourris, allergiques à l'effort et à l'autorité, arrogants, baveux, dépendants de leurs parents, individualistes, infidèles et un peu trop «ti-jos connaissant» pour leurs patrons. »

Ça vous choque, vous aussi? Attendez de visionner les extraits du documentaire.

    Alexandre, un des sept jeunes adultes ayant participé au documentaire, explique sa passion pour les chaussures.

    « Les chaussures tsé, c’est le confort de 1. De 2, c’est comme un extend de ta personnalité tsé. J’dois en avoir à peu près une trentaine de paires. Tsé j’veux dire, c’est comme une fille avec des talons hauts. Tsé, y’a des journées où j’ai envie de porter des Jordan, y’a des journées j’ai envie de porter un Air Force, y’a des journées où j’ai envie de porter un Air Max… »

    Julie Manny-Laporte, en parlant des relations qu’elle entretient avec ses amis, affirme que « Dans ma gang, pas mal tout le monde a couché avec tout le monde […] Le sexe est quasiment un sport. »


« Y » en n’aura pas de facile

Si vous avez survécu aux six extraits sans prendre en feu, sûrement êtes-vous incapable de vous identifier à ces représentants de votre génération. Et peut-être avez-vous envie, comme moi, de détruire votre carte des Y et d’implorer les X d’accepter votre demande de membership.

En supposant que les extraits soient représentatifs du contenu des émissions, je pense pouvoir dire sans me tromper que les Y de la minisérie ne sont pas représentatifs de ma génération, du moins, pas de la tranche des 25-32 ans…

Hier soir, j’abordais le sujet avec des convives réunis à un souper de financement pour un organisme de coopération internationale. Mes interlocuteurs – des 28-30 ans qu’on ne pourrait pas exactement qualifier de paresseux et d’égoïstes – déploraient eux aussi l’image peu flatteuse qu’on véhicule des Y.

La plupart de mes amis et connaissances ne correspondent pas du tout aux stéréotypes généralement associés aux Y, comme vous le constaterez dans ce portrait que j’esquisse rapidement.

Les Y de mon entourage ont quitté le nid familial au début de la vingtaine pour aller étudier. Et, que je sache, leur vie sexuelle n’a rien de déjantée : la plupart vivent en union de fait depuis plusieurs années. Certains ont acheté une maison et se sont mis au compost trois ou quatre ans après avoir commencé à travailler. D’autres ont poursuivi leurs études à la maitrise ou au doctorat.

Tous possèdent plusieurs cordes à leur arc et apprécient le travail en équipe. Ils sont autonomes et ont confiance en eux, ce que certains collègues et employeurs perçoivent comme de l’arrogance. Souvent, les plus âgés de la génération en sont déjà à leur 2e ou à leur 3e carrière. Travailleurs autonomes, ils doivent constamment mettre leurs compétences à jour pour s’adapter au mouvement du marché du travail.

Les Y conduisent des voitures compactes ou sont adeptes du transport en commun. S’ils s’affairent depuis quelques années à repeupler le Québec, ils ont acheté une mini-fourgonnette ou un VUS et des sièges qui répondent aux normes canadiennes.

Et on disait égoïstes, infidèles et paresseux, hein?

« Y » en a marre

Je trouve étrange qu’on reproche aux Y de vouloir changer le monde et d’imposer leurs idées. N’est-ce pas le propre de la jeunesse, peu importe si elle est née entre 1977 et 1990?

C'est vrai, on peut se désoler de l'impatience des Y - ils veulent tout, tout de suite - et de leur mépris des conventions. Par ailleurs, employeurs, réjouissez-vous! Créatifs et natifs du numérique, ils peuvent déboguer sans peine les ordinateurs du bureau, vous renseigner sur les nouvelles technologies et trouver efficacement des solutions à leurs problèmes (surtout si vous leur donnez accès aux réseaux sociaux). Bourrés de talent, ils sauront rallier les troupes en temps de crise en entonnant, en canon, une comptine de Passe-Partout.

À défaut de me faire porte-parole de ma génération, je veux élever ma voix pour la défendre. Je me pose contre ceux qui, au lieu d’expliquer et de comprendre ses caractéristiques, soulignent ses travers et la caricaturent, ce qui contribue à renforcer les préjugés et les tensions intergénérationnelles.

Chers lecteurs, joignez votre voix à la mienne, en canon ou à la tierce. Que vous soyez un Y, un X, un C ou un baby-boomer, faites de ce billet non pas un soliloque, mais l’amorce d’une discussion.

Aidez-moi à briser le mythe des « Y ».


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/cassidy/8358360/sizes/m/

dimanche 17 octobre 2010

L'ivresse et l'attente


Ma récente réflexion sur l’hypermodernité, conjuguée à ma crise précoce de la trentaine, a abouti à une prise de conscience que je vous livre aujourd’hui. Notez qu’elle fait aussi l’objet de ce billet.

Voilà : j’attends depuis toujours une chose indéfinissable, impossible. Quelque chose qui viendrait combler un vide existentiel, satisfaire une envie intangible. Mais ce quelque chose n’arrive pas et n’arrivera jamais.

Rassurez-vous : même si le ton de ce billet contraste avec celui des précédents, mes angoisses capillaires ne sont pas venues à bout de mon optimisme ni de mon sens de l’humour (qui devrait, je le souhaite, bientôt revenir au galop).

La peur du vide

Dans sa dernière chronique, David Desjardins circonscrit notre mal collectif - et sous-jacent à cette vaine attente qui est mienne - mieux que je ne l'aurais fait. En faisant référence au dernier roman de Houellebeq et à celui de Langelier, le chroniqueur du Voir écrit :

« Des récits qui se croisent et se recroisent en décrivant la dérive de nos sociétés modernes, l'absence de sacré, la perte des anciens repères, nos rapports affectifs aux objets, la difficulté à communiquer, les remparts qu'on élève entre nous, les familles fuckées, les amours impossibles, tout cela dans une époque qui ne rêve plus, qui a oublié comment rêver en gang, à la même chose en même temps. Alors pour ne pas mourir de peur et d'ennui, on déconne, on prend tout à la légère, on dédramatise, on ironise, on caricature, on se planque, on fuit par en avant.

On se distrait en attendant de mourir. »


La gueule de bois

Et vous, comment vous distrayez-vous? En poursuivant, comme moi, une chimère postmoderne? Vous complaisez-vous dans l’attente de quelque chose qui n’arrivera pas, en prenant soin de vous maintenir dans un état d’ivresse perpétuel, pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, comme disait l’autre?

Ma picole à moi, c'est le réseautage social. À grandes rasades d’hyperliens, de photos et de vidéos, je m’enivre au goulot. J’engourdis mes angoisses capillaires tout le jour grâce à vos états d'âme. Une fois grisée, je m’exhibe en quelques anecdotes sans importance, en magnifiant la réalité, en fictionnalisant le quotidien. Et certains soirs, rongée par l’ennui, je bois votre vie virtuelle cul sec, à votre santé et à la mienne, jusqu’à sombrer dans la plus totale ivresse.

Bonjour, je m’appelle Véronique et je suis accroc aux réseaux sociaux.

Le sevrage

Au cours de la prochaine semaine, je m’interdis d’alimenter mon voyeurisme sur les réseaux sociaux. Je tâcherai, non sans peine, de m’en désintoxiquer en ignorant vos publications délicieuses, en résistant à la pressante tentation de me mettre à nu dans un statut.

Je m’enfoncerai dans un déni artificiel pour apprendre à ne pas céder au charme de l’omniprésent bouton « J’aime » ni à l’envie de commenter vos grisantes tranches de vie. J’essaierai, en une semaine, d’oublier comment assouvir mon vice en 140 caractères.

Et, chaque soir avant de filer au lit, je vous laisserai savoir comment je survis à ma cure, sobre et satisfaite, en publiant un statut éloquent.

Source de l'image : L'Absinthe - Edgar Degas (1876) http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/91/Absinthe.jpg

jeudi 7 octobre 2010

Des angoisses capillaires


« Non, c’est mes timbres! », m’exclamai-je avec difficulté, les muscles du faciès bien tendus pour cause de bigoudis. Ma coiffeuse avait fait de moi non plus sa sœur, mais une belle-sœur qui roule ses « r » en se plaignant de son infidèle de mari et de ses patates oubliées sur le feu la veille.

Pendant que ma talentueuse frangine se démenait avec mes angoisses capillaires, je pensais à toutes ces belles-soeurs qui nous ont précédées. À nos grands-mères, Cécile et Marie-Anne, des femmes fières, fortes et intelligentes qui auraient pu, si elles étaient nées en 1982, étudier, faire carrière, manger Thaï et tenir un blogue.

Et je pensais aussi à leurs contemporaines malheureuses en ménage (peut-être mes grands-mères l’étaient-elles) qui n’avaient pas le loisir de quitter mari à une époque pas si lointaine.

Après tout, admettons-le, notre hypermodernité comporte plusieurs avantages : le divorce est socialement accepté, comme l’homosexualité, les relations sans lendemains et même le célibat.

Des Homo sapiens sapiens

Quelques heures plus tôt en route vers Montréal, j’amorçais cette réflexion en lisant « Amours », essai que j’ai acheté pour l'évidente raison qu’il porte mon nom.

Cet ouvrage, qui raconte l’évolution des relations hommes-femmes à travers les époques, m’a fait sourciller à la page 28. Chez l’Homo sapiens sapiens, contrairement à ses Homo prédécesseurs, l’excitation sexuelle est mentale et non mécanique :

« La grosseur des seins et des hanches chez la femme, et du pénis chez l’homme […] joue là un rôle d’excitation mentale. La libération de phéromones et la modification des taux hormonaux, inhibant notamment les aires associées à la critique de l’autre et à l’ennui, déclenchent le désir sexuel. Et c’est sans doute aussi ce qu’on appellera amour ».

D’Amours et désillusions

Voilà. Tout s’expliquait : seins siliconés, infidélités, obsession de la taille du pénis, histoires d’un soir et douloureux lendemains. Au final, l’amour n’est qu’un autre terme pour désigner le désir sexuel. Une invention de l’Homo sapiens sapiens pour oublier sa condition animale régie par la survie de son espèce.

Bien enfoncée dans la chaise d’un salon de coiffure du Plateau, je me félicitais d’avoir fui Québec - et les 60 000 marcheurs qui ont fait du surplace sur les Plaines - pour m’épivarder avec ma sœur à Montréal et changer de tête.

À respirer des émanations de permanente, j'étais heureuse. Après tout, le célibat, c’est pas si mal.


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/15527885@N00/2312265292/#/photos/joillustration/2312265292/lightbox/

dimanche 26 septembre 2010

Ma maladie honteuse


Pour alimenter mon blogue cette semaine, j’ai écrit trois billets, mais vous n’en lirez qu’un seul. Celui que j’ai été capable d’achever.

Ce matin, entre deux séries de levées latérales des bras modifiées, j’ai compris pourquoi j’étais incapable de me concentrer sur un seul sujet. En fait, je m’éparpille pour éviter d’aborder LE sujet qui m’obsède ces derniers jours. Celui du célibat, ma maladie honteuse.

Peut-être devrais-je exorciser mes angoisses de vieille fille en écrivant de la chick lit, mais trop de scrupules m'inhibent encore. J’ai donc décidé de vous livrer ma confession thérapeutique, si vous n’y voyez pas d’objection.

Un bilan chiffré prétrentaine

Mercredi dernier au gym (encore!), je laisse dériver mon regard jusqu’au téléviseur pendant que je reprends mon souffle. À l’écran, Gérald Fillion dresse le bilan des activités de la journée en bourse. La chronique économique m’inspire cet exercice: celui de dresser le bilan chiffré de ma vie.

28 ans. 18 années de scolarité. 11 années de colocation. 2 échecs amoureux. 0 enfant.

Évidemment, je ne peux pas réduire ma vie à ces tristes chiffres (j’aurais aussi pu satisfaire votre curiosité en ajoutant la somme de mes dettes d’études et le nombre d’hommes que j’ai fréquentés, mais je me garde une petite gêne). Néanmoins, en faisant cet exercice, j’ai compris que j’ai honte de mon style de vie de célibataire-à-l’aube-de-la-trentaine, pour ne pas dire que je le considère comme un échec.

La preuve : je cache mon célibat. Outre sur ce blogue (parce que nous sommes des amis intimes), vous ne trouverez aucun indice qui vous permettrait de le deviner. Mais mercredi dernier, je me dévoilais dans une publication sur Twitter, ce qui m’a valu, après coup, quelques sueurs froides et des reflux gastriques.

Des torchons et des guenilles

Je vous entends derrière mon écran : « T’es jeune! T’as encore le temps. Chaque torchon trouve sa guenille! » Bon. Vous êtes gentils, mais ces paroles ne m’apportent aucun réconfort. Elles me font même craindre le pire.

Avez-vous pensé à la possibilité (parce qu’elle existe) que ça ne fonctionne jamais? Et si tel était mon destin? Devenir une antithèse patronymique. Comme Suzanne Rouleau, caissière sans le sous. Roger Desbiens, entrepreneur en faillite. Véronique D’Amours, vieille fille flétrie et frustrée.

Ne vous inquiétez pas. J’ironise, mais je n’ai pas perdu espoir. Je me console en attendant mon Jules. Mieux vaut être seule que mal accompagnée.

Quand je n’arrive plus à m'en convaincre, je pense à la dernière conversation que j’ai eue avec mon amie Valérie. Mariée depuis l’âge de 20 ans et mère de trois enfants, elle comparait mes péripéties (télé)romanesques à celles des protagonistes de films de filles, genre Bridget Jones.

Ce soir-là, après m’avoir confié qu’elle adorait son mari et ses enfants, elle m’a confessé qu’elle enviait parfois ma liberté, mon style de vie sans contraintes ni responsabilités familiales.

Depuis, chaque fois que j’angoisse en pensant à ma vie affective qui ne va nulle part, je repense à Valérie qui est morte tragiquement à 27 ans. Et je me dis qu’au lieu de m’en plaindre, je devrais essayer d’en tirer le meilleur, pour elle.


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/kptyson/1973014382/in/photostream/

dimanche 19 septembre 2010

Soulagez votre ironie et soignez votre narcissisme en deux exercices faciles


En bouquinant mardi dernier, je me suis laissé séduire par Réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles de Nicolas Langelier. J’étais intriguée : un livre de croissance personnelle publié chez Boréal. Inusité.

Dans la ligne devant la caisse, j’affichais un sourire frondeur en espérant que personne ne me reconnaisse. Moi, ex-prof de littérature/français, étais-je en train de nier toutes ces années de conditionnement universitaire élitiste? Pis encore, allais-je survivre à ce genre de lecture, moi qui ai en horreur le prêt-à-penser et encore plus leurs auteurs, prétendus détenteurs de vérité?

Après avoir parcouru les 10 premières pages en diagonale, j’ai refermé le livre, rassurée. Le titre est tout ironie: il s’agit d’un roman dont la forme s’inspire des livres de croissance personnelle. J’allais me délecter. Et me poser des questions.

L’ironie

En plus de me permettre d’apprendre sur la modernité et l’hypermodernité, cette lecture m’a donné matière à réfléchir sur ma propension naturelle à ironiser.

Dire le contraire de ce que je pense est un exercice intellectuel qui me grise. J’aime particulièrement quand mes proches me demandent « Es-tu ironique là? » après avoir affirmé, sans l’ombre d’un rictus, une énormité déshonorante.

Mais sous les apparences comiques de l’ironie, qu’est-ce que je tente de cacher? Des choses pas très à la mode comme ma sensibilité, mon romantisme fleur bleue, mon idéalisme, mon penchant pour les chansons quétaines.

Autrement dit, l'ironie est directement proportionnelle aux bons sentiments dissimulés sous la dérision.

    Exercice

    Vous rentrez d’une soirée. Votre prétendant a la gentillesse de vous reconduire à la maison. Il vous dit : « J’ai vraiment passé une bonne soirée. Ç’a passé vite. » Vous répondez : « Tu trouves? ». Après quelques secondes d’hésitation, il rit.

    Ça vous semble sain? Qu’est-ce que vous n’avez pas osé dire? Si vous aviez été lui, auriez-vous ri?


Le narcissisme

Un passage de ce livre a particulièrement retenu mon attention. Il s’agit d’un extrait de discussion avec Sébastien Charles, professeur de philosophie à l’Université de Sherbrooke et auteur de L’hypermoderne expliqué aux enfants.

« Nous vivons dans des sociétés qui survalorisent l’amour-propre. Je conçois qu’il soit normal de valoriser une personne, voire que cela soit nécessaire à l’épanouissement et à la confiance en soi de chaque individu, mais à trop vouloir insister sur la valorisation des individus, on les conduit à être dépendants de l’image narcissique qu’ils se font d’eux-mêmes, ce qui n’est pas nécessairement leur rendre service. »

Avez-vous l’habitude d’actualiser votre statut Facebook en utilisant la 3e personne? Êtes-vous du genre à écrire un calembour réfléchi sur MSN? À tenir un blogue? À donner votre opinion sur tout ce que vous avez lu, bu, vu, entendu, mangé, acheté, appris? Si oui, nous partageons ce point commun : nous sommes dépendants de l’image narcissique de nous-mêmes. Mais ne soyez pas triste : vous savez maintenant que vous n’êtes pas seul.

    Exercice

    Relisez vos 20 derniers statuts Facebook. Tentez maintenant de trouver le(s) trait(s) de votre personnalité (sens de l’humour, sensibilité, bon goût, courage, vertu, originalité, etc.) que vous mettez en valeur.

    Cette image vous plait-elle? Pourriez-vous écrire un statut qui viendrait l’altérer?


Ne vous donnez pas la peine de relire mes statuts Facebook (si l’idée vous était venue à l’esprit) pour découvrir les traits de ma personnalité que je veux mettre en évidence. Je vous les donne dans le mille : l’humour et l’intelligence.

J’ai commencé à apprivoiser cette facette de moi à la maitrise pendant que j’étudiais le concept d’ethos. Sans entrer dans des détails théoriques que j’ai mis une bonne année à oublier, je résumerai simplement l’ethos par la manière dont nous nous mettons en scène, particulièrement dans notre discours, à l’oral ou à l’écrit.

Maintenant, après avoir pris conscience de ma dépendance, comment m’en libérer? Malheureusement, le livre ne le dit pas. Malgré tout, je vous encourage à le lire. Dévorez-le, idéalement, d'une traite. Et parlez-en ensuite sur les réseaux sociaux. Même si vous aurez pris conscience de votre problème, vous sentirez l'obligation de donner votre appréciation. Non pas pour critiquer ou promouvoir l'œuvre, mais bien parce que vous êtes toujours dépendant de votre image d'intello à l'humour caustique.

Source de l'image : Michelangelo Merisi da Caravaggio or Caravaggio (1573–1610) http://commons.wikimedia.org/wiki/Galleria_Nazionale_d%27Arte_Antica




dimanche 12 septembre 2010

Les grains entiers


Mardi matin, après m’être demandé combien de Mini-wheats étaient contenus dans une pleine boite, j’ai réfléchi aux allures que prend ce blogue au fil des semaines. Et j’ai réalisé que mon style s’apparentait à celui des chroniques qu’on trouve dans les revues de filles (que j’achète uniquement pour les photos, soit dit en passant) quelque part entre l’horoscope et les tests du genre « Êtes-vous une croqueuse d’hommes? ».

Voilà : je donne dans le blogue qu’on lit quand on dispose de 10 minutes avant un rendez-vous ou, mieux, pendant une pause-pipi.

Dans ce billet, je pourrais vous expliquer les raisons qui m’ont amenée à prendre cette tangente. J’ai pensé me justifier en soulevant le fait que je suis de la génération Y, celle qui a grandi dans la crainte de se faire dévorer par des souliers mangeurs de camions et qui s’exerce depuis l’enfance à raconter son « je-me-moi » à tout-venant.

Pour ce billet, j’ai choisi d’aborder deux sujets d’actualité, au lieu de vous raconter mes trépidants (!) incidents bibliographiques, question de vous prouver que mon « je » givré possède aussi les avantages des grains entiers.

Le retour des Nordiques

Bon, je l’admets. Il y a quelques mois, je n’étais pas très chaude à l’idée qu’on construise un nouvel amphithéâtre à mes frais de contribuable-de-la-classe-moyenne pour accueillir une nouvelle équipe de la LNH. Mais, peu à peu, je me laisse gagner par l’enthousiasme des nombreux ex-futurs supporteurs des Nordiques qui, masochistes le samedi soir, se repassent en boucle le fameux but d’Alain Côté.

Pour tout dire, cette effervescence sportive me fait retrouver graduellement ma ferveur de groupie adolescente qui s’époumonait à crier, entre deux clopes, « Go Rorquals Go » dans les gradins de l’Aréna Bertrand-Lepage.

Et, je dois m’en confesser : je caresse toujours l’espoir de réaliser mon fantasme, tel qu’écrit à la page 33 de mon album de finissants. En effet, avec le retour d’une équipe de la LNH à Québec, mes probabilités de marier un joueur de hockey augmenteraient considérablement…

Le bulletin chiffré unique et la disparition des compétences transversales

L’actualité de ces dernières semaines a été marquée par la décision du MELS d’imposer un bulletin chiffré unique et par la disparition du terme « compétences transversales » dans les documents ministériels.

Je ne critiquerai pas ici ces décisions. Je tenterai plutôt de vous exprimer mon point de vue en utilisant cette analogie ingénue.

Imaginez que vous commencez une nouvelle diète (Renouveau pédagogique) pour améliorer votre condition physique (réussite scolaire). Malheureusement, en plus de ne pas être correctement préparé psychologiquement, vous manquez de temps et d’organisation. Dans ce contexte, même si vous avez une volonté de fer, vos chances de réussite sont plutôt minces…

Malgré tout, vous persévérez. Vous contenez tant bien que mal vos compulsions alimentaires (bulletin chiffré) et résistez à l’envie de céder à vos anciennes habitudes sédentaires (enseignement axé sur les connaissances).

Après tant d’efforts, vous viendrait-il à l’esprit de continuer votre diète, tout en réintégrant les Fruit Loops à votre alimentation et en augmentant le nombre d’heures que vous passez devant la télé?

Vous en conviendrez : certains compromis, incompatibles avec votre nouveau régime de vie, lui feraient perdre tout son sens... Alors, la prochaine fois que vous irez au supermarché, vous laisserez-vous tenter par les Fruit Loops ou mettrez-vous plutôt dans votre panier une boite de Mini-wheats?

Source de l'image : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/2/2b/Frosted_Mini_Wheats.PNG

dimanche 5 septembre 2010

R.E.S.P.E.C.T


Exaspérée. Oui. Vous avez bien lu. J’ai choisi « exaspérée » pour introduire ce billet qui porte, si l’on se fie au titre, sur le respect. Le R.E.S.P.E.C.T, prononcé à la Aretha Franklin dans son classique des karaokés, bientôt reconnu par la science pour ses qualités musicales parasitaires.

J’ai trop souvent excusé ces petites irrespectuosités communes que j’accumule de jour en jour. À additionner ces irritants aussi longtemps, il en fallait peu pour que la marmite explose, ce qui est arrivé hier en début de soirée, après une journée, comme vous le constaterez, particulièrement éprouvante.

Les tapageurs nocturnes


4 h. Mes voisines, complètement pactées, se racontent leur soirée – Jason n’est plus avec Cindy. Hein! Tu niaises! – en faisant claquer leurs talons et en gloussant comme se doivent des poulettes en minijupe.


Je vous l’accorde : j’habite dans un quartier propice au tapage nocturne aux abords d’un cégep. Mais faut-il toujours excuser la jeunesse? Et moi, à leur âge, est-ce que j’obligeais mes voisins à moitié endormis, à enfiler, au beau milieu de la nuit, des bouchons dans leurs oreilles?


Les tutoyeurs inconditionnels


9 h. Au supermarché


    La caissière : « Veux-tu des sacs ? »

    Moi : « Vous les tutoyez-tu tous, vos clients? »

J’ai beau avoir l’air sympathique et plutôt jeune, je ne comprends pas pourquoi je me fais tutoyer à tour de bras. Je suis comme ça, vieux jeu : j’y tiens, moi, au vouvoiement! Suis-je la seule jeune adulte à m’offusquer de cette marque de familiarité? Non mais, est-ce qu’on sait encore quand employer le vous de politesse en 2010? Ou a-t-on voté, à mon insu, une loi sur le tutoiement systématique?


Les conducteurs collés au gaz


11 h 43. Rue du séminaire. Je pose ma main sur le capot d’une Subaru Impreza noire.


    Moi (les yeux exorbités en pointant l’affiche lumineuse) : « Heille, Chhhhhhhhhhose, passage piétons! »

Un jour, je me ferai frapper par un automobiliste. C’est écrit dans le ciel. Statistiquement, chaque journée à laquelle je survis sans mon permis de conduire est une journée de plus pendant laquelle je cours le risque de me faire rouler sur le corps par un véhicule de plaisance…


Les poseurs de lapin


Vers 19 h 15. Dans ma boite de réception


    De Mec36 : « Pour ce soir on va devoir annuler ça je pense ben, j'suis rentré tard hier et j'suis vraiment scrap encore en ce moment. »

Hein? Attendez. Il faut que je relise.

(Déclamer ce passage sur un ton excédé) Quoi? Trop fatigué pour se pointer à un premier rendez-vous? Et il annule, là, alors que j’étais sur le point de partir pour ledit rendez-vous? Et si je n’avais pas relevé mes messages avant de quitter l’appart? J’aurais poireauté combien de temps avant de comprendre que je m’étais fait poser un lapin?

    À Mec36 : Mec, désolée, t’auras pas une deuxième chance de faire une première bonne impression. R.E.S.P.E.C.T!



Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/ktkatrina/495129832/sizes/s/



mardi 24 août 2010

Miss Septembre


Préambule

Je prends conscience que les billets de ce blogue adoptent le style de l’autobiographie et de la chronique. Je prends le ton de la confidence pour l’heure, en espérant que mes réflexions et mes états d’âmes sont appréciés de vous, chers lecteurs. Si tel n’était pas le cas, j’espère que vous saurez me pardonner en vous rappelant qu’il est coutume qu’une première œuvre (!) soit imprégnée de la biographie de son auteure…

… qui abuse des parenthèses et qui, aujourd’hui, est inspirée par ses souvenirs d’école.


Comme une odeur de terrazzo

Ah. Le premier jour d’école. Avec mon sac-à-dos rempli de toutes ces choses (sauf les espadrilles, pas de place) qui sentaient la Librairie Rioux. Quel plaisir j’avais d’aller acheter mes fournitures scolaires avec ma mère, à recouvrir mes livres et à étiqueter ces centaines (!) d'articles que je rangerais précieusement dans mon étui en toile style « sac à soulier ».

La rentrée. Par la grande porte des élèves. Dans les corridors ne trainait que l’odeur du plancher en terrazo fraichement ciré. Je me rappelle du plaisir que j’avais à écrire mon nom sur la première page de mes cahiers d’exercices neufs et à tailler mes crayons Prismacolor (parce que les Canadiana cassaient toujours) tous de la même longueur.

M’adapter à mes camarades de classe (presque tous les mêmes d’une année à l’autre) et à ma nouvelle enseignante me semblait moins difficile que m’habituer à son parfum : Anaïs Anaïs, Eternity, Parfum de Lune et autres grands crus.

J’ai décidé de faire de l’enseignement ma profession quand j’ai compris que mes rentrées étaient décomptées (il faut bien que ça finisse un jour!). Mon choix allait me permettre de revivre jusqu’à la retraite les doux plaisirs et l’excitation de cette période, mais surtout de partager mon envie insatiable d’apprendre.

De la petite école jusqu’à l’université, chaque rentrée scolaire m’apparaissait comme une nouvelle étape à franchir d’une longue quête. Une quête dont l’objectif était d’apprendre à devenir une grande personne…

Du pupitre au tableau

Et un jour, je suis devenue grande. Diplômes en poche, j'étais désormais autorisée à gesticuler dans une classe en parlant vite et en me poudrant le nez (et les fesses) avec de la craie.

J’étais celle qui racontait des légendes de moines faiseurs de grammaire à ses élèves ébaubis et qui avait le privilège de voir dans leurs yeux des Cool. Enfin, j’ai compris! J’étais fière de mon travail et particulièrement, de participer au développement de leur esprit critique.

J’aimais mes élèves, même ceux qui avaient des chiens mangeurs de clé USB. J'appréciais les séances de correction, délicieux prétextes pour boire du café à l’excès et manger des biscuits Leclerc 70% cacao.

Aujourd’hui, même si j’ai le bonheur d’apporter ma contribution à la réussite éducative dans le cadre de mes nouvelles fonctions, je me rends à l’évidence.

À quelques jours de la rentrée, l’école me manque, un peu…


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/sicnarf/3384587021/sizes/m/

mardi 3 août 2010

Sí, no, tostador


Quelques heures avant mon départ vers un tout-inclus en République dominicaine, je m’étonnais de ma zénitude insoupçonnée, allant même jusqu’à la considérer inquiétante.

Pouvait-elle s’expliquer par les 25 grammes de chocolat noir dont je me délecte quotidiennement? La devais-je aux endorphines sécrétées après mon entrainement matinal, à l’excellent single We used to wait d’Arcade Fire ou aux plus qu’agréables rendez-vous que je cumule avec Érostrate?

Comment pouvais-je me sentir aussi bien alors que quelques semaines plus tôt, je me demandais si j’étais capable - même pendant 24 h - de renoncer à toute activité intellectuelle, au gym, aux plats que j’ai l’habitude de cuisiner, à sentir la rassurante résistance des touches d’un clavier d’ordinateur sous mes doigts? Mais surtout, je m’inquiétais à savoir si je saurais tirer profit d’une semaine de repos sous les palmiers comme une professionnelle occidentale qui mérite ses vacances et qui se fout complètement de ne pas parler espagnol sur un resort dominicain.

Yo no hablo español

Du siège passager que j’occupais dans la fourgonnette qui nous amenait à notre hôtel, je trouvais réponse à une de mes appréhensions, celle de ne pas parler la langue de mes hôtes.

Les genoux bien serrés, les yeux rivés sur cette route défigurée par des cratères qui n’avaient rien à voir avec nos nids-de-poule québécois, je me contentais d’écouter mes compatriotes en tâchant de contenir ma honte. Ma honte de ne pas pouvoir discuter avec notre conducteur. Ma honte d’entendre une passagère l'aborder en italien, puisqu’après tout, l’italien et l’espagnol, c’est presque la même chose. Mais aussi cette honte que je ressentais depuis l’atterrissage quand les agentes de bord ont roulé des yeux en entendant flot d’applaudissements de mes compatriotes heureux d’arriver sains et saufs.

À l'hôtel, j'ai pu me libérer en partageant mes pensées avec Anne-Sophie, ma compagne de voyage. Au cours du séjour, j’ai aussi pu bénéficier de ses compétences linguistiques, ce qui a participé à faire s’estomper graduellement mon malaise.

Piscina Relax

Anne-So et moi avons découvert la Piscina Relax qui se trouvait derrière notre villa dès que nous avons pris possession de notre chambre. J’avais tout pour être heureuse : 240 ml de FPS 30, le dernier roman de François Blais, du beau temps, une petite piscine tranquille et une bonne amie qui prenait les traits d’une star undercover.

Nous avons donc passé le plus clair de notre temps à nous crémer mutuellement le dos, à chiller (vous reconnaissez ici un anglicisme qui fait désormais partie intégrante de mon vocabulaire) et à observer, entre deux chapitres, les autres vacanciers. Mine de rien, trois journées complètes s’étaient écoulées. Ainsi, pensai-je, la piscine avait su tenir sa promesse.

Le quatrième jour allait cependant contraster avec les trois précédents. Mon cerveau avait atteint sa limite maximale de veille. Et mon corps, qui transpirait littéralement le sucre et le sel, m’a rappelé qu’il manquait d’exercice. Mens sana in copore sano, soit. Faire quelques longueurs de brasse et scruter dans les moindres détails les photos du très instructif Cosmopolitan à la recherche de retouches et d’anomalies scéniques m’apparaissaient comme des activités appropriées. Mais ces quelques divertissements se sont rapidement avérés insuffisants et j’ai succombé, quelques heures plus tard, à la tentation de me payer une demi-heure d’Internet pour la modique somme de 7$ US.

Optimiste au matin du cinquième jour, je tentais de me convaincre à voix haute que j’étais capable de profiter de ces vacances, même si mon envie véritable était de regagner mon petit train-train nord-américain.

Moi : « Je m’étonne d’être capable de me faire à des situations pas l’fun sans grand peine »

Anne-So : « Véro, c’est pas exactement comme si tu étais dans une prison en Thaïlande. »

Je n'étais pas incarcérée en Thaïlande. J'étais seulement prisonnière d'un décor de carte postale.

El tostador de la casa

Le sixième jour, excitée comme à la veille de Noël, je m’endormais en rêvant à la soirée du lendemain à Toronto, à mon portable, à une toast mi-grillée au beurre de peanut, à une douche à température constante et à des plats insaturés en sel et en sucre.

Aujourd'hui, ayant regagné mes quartiers depuis 2 jours avec un rhume caribéen et un léger tan en prime, je dois me rendre à l’évidence. Le lézardage dans un resort paradisiaque : peu pour moi.

Au final, si j’ai échoué mes vacances-de-professionnelle-occidentale-qui-les-mérite-bien, je me réjouis au moins que ce séjour ait éveillé ma curiosité - les bananes défient la gravité en poussant vers le haut!-, mon envie du dépaysement et, surtout, celle de la rencontre avec l’Autre.


Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/23142773@N08/2213642204/

mercredi 14 juillet 2010

L'origami


Plusieurs d’entre vous le reconnaitront : la coordination et distinguer la gauche et de la droite ne sont pas des habiletés que je maitrise parfaitement. C’est d’ailleurs pour cette raison que je tarde à prendre des cours de conduite, au grand désespoir de mes parents et amis qui assurent encore mes déplacements lorsque nécessaire…

Consciente de l’urgence d’apprendre à contrôler et à coordonner mes mouvements, je décide de m’initier à un art martial : le karaté. Pourquoi le karaté? Parce que c’est un sport qu’on pratique en pyjama blanc, qui, grâce à des chorégraphies synchronisées qu’on appelle katas, me promettait de partager enfin le bonheur de mes homologues automobilistes et danseurs.

Alors, s’il est question de karaté dans ce billet, pourquoi l’avoir intitulé « L’origami »? Avant de satisfaire votre curiosité, chers lecteurs, laissez-moi d’abord vous raconter le récit de mon premier cours de karaté.

Le chaos

Le cours a commencé avec 10 minutes de retard. C'était le chaos. Nous étions une trentaine à ne pas savoir où nous placer ni qui était notre sensei. Une femme d’environ vingt ans, à peine plus grande que La Poune, crie de sa voix grinçante qu’elle remplaçait notre « vrai » sensei qui était en France pour une compétition. Ça commençait bien.

L'hétérogénéité

J'ai survécu au réchauffement (et à ma demi-split), ce qui me laissait croire que j’avais tout ce qu’il fallait pour ajouter, dans quelques semaines, le suffixe –san à mon prénom. Fraiche comme avant le réchauffement, notre petite-sensei nous demande de former un grand cercle pour que nous puissions nous présenter à tour de rôle.

Essoufflée et étonnée de mon insoupçonnée souplesse, j’écoute mes compères étaler leur pedigree scolaire et sportif. Surprise : la moitié du groupe n'en est pas à sa première expérience en art martial. Tiens, une ceinture noire en tae kwon do. Une autre en judo. Ah, bon, me dis-je, je me tiendrai loin d’eux.

Le contre-exemple

Notre mini-sensei nous fait ensuite apprendre deux mouvements de base, soit le coup de poing à la tête et le blocage. Ça allait jusque là. Nous avons ensuite poursuivi avec le coup de poing au corps et le boclage. La cata.

Même à pratiquer dans les airs, il m'était impossible de répéter la séquence de mouvements correctement. Murphy s’étant mis de la partie, j’ai été jumelée à Raymond, roi du fitness, pour pratiquer et intégrer tous ces nouveaux mouvements.

Rapidement, micro-sensei me repère pendant que je tente de reproduire, non dans l’ordre, l’enchainement de mouvements en prenant grand soin de ne pas toucher les pecs anormalement gonflés de Raymond. Elle siffle. « Ok, groupe, regardez la madame en rose ici, là. » Elle avait fait de moi le modèle à ne pas suivre. La honte.

La palpation

Quatre personnes ont touché mon « entre-boules » en moins d’une heure, ce qui demeure à ce jour un record personnel. Mais ces quelques effleurements sportifs n’avaient rien à voir avec ce qui m’attendait pendant la période de relaxation.

Sous le regard scrutateur de moustique-sensei, j’ai massé les jambes de Colin, un étudiant albertain en shorts trop courts et dont la pilosité ne démentait pas son sexe. Si je n’avais pas hérité de l’orgueil de ma mère, j’aurais pris, à ce moment précis, mes orteils à mon cou avant même de toucher un poil de son genou...

L’humiliation

Le cours tirait à sa fin. Enfin! Notre basse-sur-pattes-sensei nous convie à un jeu qui s'appelle le combat de coqs.

Basse-sur-pattes-sensei : « Que savez-vous des combats de coqs ? »

Moi : « C’est illégal au Canada. »

Je me suis trouvée bien drôle – et les autres aussi. Évidemment, la loi de Murphy n’allait pas manquer une si belle occasion de frapper à nouveau. J’allais être la première à m'exécuter. Sur une jambe, les mains derrière le dos tenant la cheville de ma jambe pliée, je devais expulser du terrain de combat Raymond (roi du fitness, faut-il rappeler).

Sans surprise, j'ai perdu. Napoléone-Sensei me punit en m’ordonnant de faire 5 push-up (de gars bien sûr) devant le groupe, médusé.

« Me semble que c'est rough pour un premier cours?! » lançai-je. Aussitôt dit, le groupe entonna à l'unisson un « Push-up ! Push-up ! », comme quoi j'avais affaire à des mercenaires et non à des coéquipiers.

Je me suis donc mise en position. Un deux trois. Go. Et je me suis aplatie. Par terre. Malaise dans le dojo. Et honte sur moi.

Une leçon d'humilité

Le lendemain, à peine remise de mes émotions, j’allais m’acheter un livre d’initiation à l'origami, un sport japonais à la hauteur de mes capacités physiques et, vraisemblablement, dans ma zone proximale de développement (ZPD).


Source de l'image: http://www.flickr.com/photos/colouredinks/40705975/sizes/s/

lundi 5 juillet 2010

Le premier rendez-vous


Jusqu’à hier après-midi, j’étais en quête depuis une semaine du sujet du premier billet de ce blogue. De quoi allai-je entretenir mon lectorat avide mais, pour le moment, peu nombreux? Du Scrabble, ce jeu passionnant qui, malheureusement, fait peu d’adeptes chez les moins de 50 ans? Quel sujet d’intérêt me permettrait de briser la glace derrière laquelle moi, blogueuse néophyte, je me cache encore?

Égale à moi-même, j’ai verbalisé mon angoisse du billet blanc à Érostrate* devant un pannini Biloxi à demi englouti et une écorce de citron au fond d’un verre. Nous revenions d’une pièce de théâtre à laquelle il m’avait invitée. C’était notre deuxième rendez-vous.

Érostrate
    Il m’arrive de télécharger des films sur un site Internet… mais ça ne m’arrive pas souvent. Et je suis tombé sur ce site par hasard…
Moi
    (sur le ton de l’ironie) Tu perds des points! Avant de te justifier, tu perdais 10 points, maintenant, tu en perds seulement 5!
Érostrate
    (bon joueur) Tu pourrais parler de ta façon de calculer mes points, dans ton premier billet.


Érostrate m’avait soufflé candidement le sujet de mon premier billet. Je ne parlerais évidemment pas du calcul de ces points imaginaires que les femmes brandissent sous le nez de leur prétendant dans le seul but de les soumettre à une pression inutile. Dans ce premier billet, j’allais plutôt vous parler du premier rendez-vous.

L’avant

15 h 36. Après m’être brossé les dents deux fois, je cherche mes clés, voyons, elles étaient là pourtant! Je les retrouve… dans ma poche. Fiou!

15 h 40. Je ferme la porte, je prends deux-trois-quatre grandes respirations. Je descends l’escalier, je me dis que je suis énervée, MON DIEU que je suis énervée! Je marche sans presser le pas : pas question d’arriver à ce premier rendez-vous en sueur.

15 h 57. Je le reconnais, il m’attend sur la terrasse du café. Suis-je en retard? Non, pile à l’heure, sans même un cerne de transpiration. Wouhou!

Le pendant

Érostrate me reconnait. Il tient dans sa main un bout de papier sur lequel il a écrit des mots payants au Scrabble en m’attendant. Il m’en fait la lecture. « Bikini, grenat », je ris! Il semble un peu nerveux. Il est plus beau que je l’avais imaginé.

Nous passons un très agréable moment. Nous convenons de nous revoir bientôt. Je rentre à la maison en me rappelant son sourire et son regard pénétrant. Je suis à la fois fascinée et troublée par cette complicité quasi-surnaturelle qui s’est installée entre nous, tout simplement.

L’après

Je me surprends à vouloir croire au destin, à une ile déserte sur laquelle habitent Marilyn, Elvis et leurs potes immortels. Au monstre du Loch Ness, au communisme, au Père-Noël, au come back prochain de Pink Floyd. Je veux partir à la recherche du pot d’or qu’on trouve au pied des arcs-en-ciel. J’ai le béguin.

Il y a ces premiers rendez-vous qui, à peine débutés, vous paraissent sitôt comme les derniers. Et il y a de ces premiers rendez-vous qui vous donnent envie d’une infinité d’autres, comme celui-ci, avec vous, chers lecteurs. Et comme celui-là, avec Érostrate.




Source de l'image : http://www.flickr.com/photos/rw23/2540944174/sizes/s/